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Petits-déjeuners offerts à l'école: est-ce vraiment une bonne idée?

L’Etat va financer les petits déjeuners gratuits à l’école à hauteur de 6 millions d’euros dès cette année, puis 12 millions d’euros en année pleine. Si le dispositif existe déjà dans 8 académies, il sera généralisé à tout le territoire dès la rentrée de septembre. Ca fait débat sur RMC.

Objectif: que les enfants ne soient pas à l'école le ventre vide. Dans le cadre du plan pauvreté, des petits-déjeuners gratuits sont servis dans des écoles volontaires de 8 académies sélectionnées depuis le 17 avril et généralisés en septembre. 

Les écoles doivent être volontaires et appartenir à une zone REP (réseau d'éducation prioritaire), REP+ ou quartiers politique de la ville ou encore certaines zones rurales où "le besoin social est identifié". Cette mesure concernera à terme "100.000 enfants" dans les "territoires prioritaires" et coûtera 6 millions d'euros cette année.

"Une éducation alimentaire, au goût"

Selon une étude du CRÉDOC, trois élèves par classe arrivent à l’école sans avoir pris de petit-déjeuner, parce qu’ils n’ont pas le temps, pas faim, pas l’habitude. Un phénomène que déplorent les enseignants qui ont participé à l’enquête. Ils ont en face d’eux le matin des élèves moins concentrés, moins attentifs, moins participatifs.

Christelle Dubos, secrétaire d’Etat qui porte le projet avec Jean-Michel Blanquer, était mardi matin dans l’Oise, dans l’une des écoles qui proposent déjà ces petits déjeuners:

"Lors de la visite à Pont-Sainte-Maxence, l'équipe enseignante nous disait avoir vu concrètement la différence entre l'avant et l'après petit-déjeuner. Ils avaient des enfants qui étaient beaucoup plus concentrés, moins fatigués et moins irritables. C'est combattre cette inégalité aux racines et une éducation alimentaire, au goût".

La vraie question qui est soulevée par cette opération est en réalité pourquoi ces enfants ne mangent pas le matin. Si l'idée reste de faire déjeuner les enfants dont les parents n'ont pas les moyens ou n'ont pas le temps de s'en occuper, car ils partent trop tôt au travail, par exemple, il n’y a pas que l’aspect financier. Dans certaines familles, l’équilibre des repas sur la journée n’est pas respecté. Un dîner trop lourd va entraîner un manque d’appétit le matin.

"Cibler des familles plutôt que des quartiers"

Selon cette même étude du CRÉDOC, le petit-déjeuner doit représenter 25% des besoins nutritionnel de la journée. Il doit se composer d’une boisson, d’un produit laitier, de pain aux céréales, d’un fruit, d’un œuf et d’éventuellement quelques fruits à coque. Les quantités sont à adapter selon l’âge de l’enfant.

"Comment cible-t-on les enfants les enfants au ventre vide dans les REP+? Ce sont tous les enfants, quelques uns seulement? Comment opère-t-on concrètement?": Agnès Le Brun, maire de Morlaix, vice-présidente de l’association des maires de France, salue la mesure, mais se demande si c’est véritablement à l’école de prendre en charge cette éducation à l’alimentation et surtout de quels moyens elle disposera: 

"Comment opère-t-on concrètement? Pour les zones rurales, on nous dit que seulement certaines sont concernées. Mais comment les détermine-t-on? Et puis je serait tentée de dire que des familles pauvres, il y en a sur tout le territoire. La question est plus de cibler des familles qui ont besoin d'accompagnement social et pour la parentalité plutôt que des quartiers entiers". 

Et à l'étranger?

En Europe, le petit-déjeuner à l'école est parfois devenu une véritable institution, comme en Suède, en Roumanie ou au Danemark.

Au Royaume-Uni, il y a même des "breakfast clubs". Les enfants font les courses, la cuisine, la vaisselle, révisent les leçons pendant le repas. Les études ont montré que les enfant qui appartiennent à ces clubs ont, en moyenne, deux mois d'avance sur les niveaux de maths, de lecture ou encore en écriture.

Anne-Sophie Balbir avec Xavier Allain