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Plus féminine, l'Assemblée doit maintenant devenir plus féministe

La nouvelle Assemblée compte 224 femmes, soit 38,8% des 577 députés. ici, les élues de La République en marche.

La nouvelle Assemblée compte 224 femmes, soit 38,8% des 577 députés. ici, les élues de La République en marche. - AFP

La XVe législature s'est ouverte ce mardi après-midi. Les 451 nouveaux députés vont devoir rapidement se mettre dans le bain car les premiers jours de mandatures sont essentiels pour l'obtention des postes à responsabilité. Et à ce jeu-là, les femmes sont souvent perdantes, comme l'explique sur RMC.fr Marie-Françoise Clergeau, ex-députée PS qui a créé une association pour prodiguer aide et conseils aux nouvelles parlementaires.

'Marie-Françoise Clergeau, ex-députée PS de Loire-Atlantique (de 1997 à 2017), cofondatrice en février d'une association d'anciennes députées, pour conseiller les nouvelles élues dans leur fonction.

"Avec notre association d'anciennes députées, nous avons fait un accueil mardi et mercredi dernier pour les nouvelles élues qui le souhaitaient, afin d'échanger avec elles et de les conseiller sur leurs premiers pas au Palais-Bourbon. Quand on est jeune député on ne connaît pas forcément le fonctionnement de l'Assemblée nationale. Sauf que toutes les décisions importantes pour les cinq années à venir sont prises dans les 20 premiers jours. Donc si vous n'êtes pas attentifs et que vous ne prenez pas en compte immédiatement cette réalité, 15 jours après c'est trop tard. Or, avec les trois cofondatrices de l'association, quand nous sommes arrivées à l'Assemblée la première fois, nous nous sommes rendues compte que les femmes étaient moins outillées que les hommes pour obtenir des postes à responsabilité à l'Assemblée.

"Pour les députés, les décisions importantes sont prises dans les 20 premiers jours"

C'est pourquoi on leur a conseillé de postuler tout de suite aux postes qui les intéressaient (pour participer aux commissions, devenir questeur…) et de ne pas attendre qu'on leur propose. Parce que si elles ne sont pas candidates on ne va pas spontanément leur proposer. Les femmes ont moins de réseaux que les hommes, c'est une réalité. Les hommes se sont peut-être mieux organisés pour savoir quelles étaient les postes les plus intéressants. On le voit avec l'élection de François de Rugy à la présidence de l'Assemblée, que je ne commenterai pas. Peut-être que nous sommes plus idéalistes et qu'on pense qu'à partir du moment où l'on a les compétences pour un poste, on va tout naturellement nous le proposer, alors qu'en réalité ça ne se passe pas comme ça. C'est un des conseils qu'on a donnés.

"Les femmes ont moins de réseaux que les hommes"

Quand je suis arrivée en 1997 à l'Assemblée, on sortait d'une législature qui n'avait compté que 6% de femmes. La précédente mandature nous étions 27% et aujourd'hui il y a 38% de femmes dans l'hémicycle. Il y a eu une grosse évolution, grâce aux lois sur la parité votée en 2001. Mais attention, que l'Assemblée soit plus féminine, c'est une chose, mais il faut aussi qu'elle soit plus féministe. Car il y a parfois des choix machistes. Je me rappelle que quand j'ai postulé pour devenir rapporteure d'un texte sur la création de l'Association des compagnons de la libération, le président de la commission m'avait demandé si j'y connaissais quelque chose. On n'aurait jamais demandé cela à un homme.

Lors de nos sessions d'accueil des nouvelles députées, on nous a également posé des questions sur le choix de son bureau, sur sa place dans l'hémicycle. On leur a expliqué, par exemple, que si elles se retrouvent tout en haut de l'hémicycle au moment de la répartition (par ordre alphabétique pour cette XVe législature, ndlr), rien ne les empêcheraient plus tard de repérer éventuellement des places libres et de se rapprocher quelques rangs plus bas pendant les discussions des textes de loi."

Propos recueillis par Philippe Gril