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Quel bilan un an après l'autorisation de la PMA pour toutes?

Un an après le décret d’application sur la loi de bioéthique ouvrant la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Quel bilan ? Comment cette loi est-elle appliquée ? Quelle réalité pour ces femmes qui se lancent dans un parcours PMA ? Enquête RMC signée Mahauld Becker-Granier.

Il y a un an, la procréation médicalement assistée (PMA) était ouverte aux femmes seules et aux couples de femmes. Sauf qu'un an après l'entrée en vigueur de la loi, les derniers chiffres parus sur le sujet montrent que le délai d’attente est encore très long. Plus d’un an, contre les six mois maximum fixés par le gouvernement à la promulgation de la loi. Les freins sont encore nombreux et les parcours longs et sinueux.

Entre janvier et mars 2022, seulement 53 tentatives de PMA pour ces nouveaux publics - femmes seules et en couple - ont été réalisées sur la France entière. C’est peu, surtout quand on sait que la demande a explosé. Sur cette même période, en trois mois : 5.126 demandes de première consultation ont été faites.

Lola, 36 ans, et Claire, 37, ont eu un premier rendez-vous dans un centre PMA à Marseille en avril dernier. Elles espèrent désormais bénéficier d’une insémination en avril prochain, un an après, mais sans aucune certitude.

"Quand on prend six, sept mois dans la vue, ça fait un petit peu mal. Je me dis que mon corps, ma vie de famille perd du temps. J'ai l'impression, encore une fois, d'être reléguée au second plan."

Un quart de postes pourvus

Il y a deux freins principaux à un parcours plus rapide. D’un côté, le manque de moyens humains, et de l’autre, le manque relatif de dons. Côté humain: avec l’entrée en vigueur de la loi, 120 nouveaux postes devaient être créés dans les centres PMA. Mais, selon nos informations, seulement 25% ont été pourvus.

"Il n'y a pas les personnes présentes à la hauteur de besoins ressentis. Il n'y a pas d'entreprise capable d'assurer une telle augmentation d'activité sans renforts de personnels et une fois ces renforts arrivés, nous n'auront pas les locaux pour 'caser' tout le monde" explique Catherine Guillemain, présidente de la fédération nationale des CECOS, les centres d’étude et de préservation des gamètes.

Il manque du personnel administratif , et d’accueil, ce qui allonge l’attente pour les premiers rendez-vous, mais aussi des praticiens, des psy, des gynécologues. Pourtant le gouvernement renvoie la faute sur les centrs: la loi a été financée à ses débuts…puis au printemps 2022, les centres ont bénéficié de cinq millions et demi d’euros supplémentaires. Et ce sont les centres eux-mêmes qui décident de l’usage de leurs moyens, c’est-à-dire quelle part ils attribuent aux équipements ou aux recrutements par exemple.

Un manque de dons de gamètes

Autre frein à la PMA pour toutes, le manque de dons de gamètes. Les dons sont en légère hausse cette année mais cette une hausse insuffisante pour combler la demande qui a explosée: depuis le passage de la loi, la demande a été multipliée par cinq pour les dons de spermatozoïdes.

Mais aujourd’hui, si les donneurs sont si peu nombreux c’est parce que trop peu de centres sont autorisés à récolter ces dons: "Il y en a 27 ou 28 sur une centaine de centre clinico-biologiques qui font l'insémination et la fécondation in-vitro" déplore Mikael Ago-Piantz, chef du service PMA du CHU de Nancy.

De plus, depuis le 1er septembre, les donneurs n’ont plus l’assurance que leur anonymat sera préservé. Pour l’instant, on ne sait pas si cela aura de conséquences sur les dons.

Les Français continuent d'aller à l'étranger

Avec de tels délais, l'hypothèse d'aller faire une PMA à l'étranger n'a pas diminuée. Bien au contraire. RMC a contacté un médecin qui coordonne 27 cliniques en Espagne pour savoir si depuis le passage de la loi, le public français venait moins. Selon lui, l'augmentation reste constante.

Nina a 33 ans. Elle a commencé son processus quand la loi en France est passée, car elle et sa femme "avaient envie de construire une famille rapidement". "On a pris la décision de partir en Espagne malgré l'inconvénient principal: l'aspect financier." Aujourd'hui, elle ne regrette pas. Même si elle et sa femme ont dépensé plus de 20.000 euros, alors que c’est gratuit en France, Nina a maintenant un petit bébé dans le ventre. La PMA pour toutes reste donc beaucoup plus accessible si on a le temps et l’argent.

Mahauld Becker-Granier