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Affaire du chlordécone aux Antilles: le parquet de Paris demande un non-lieu

Une femme porte un t-shirt "Tous contre le chlordécone" près d'un barrage routier à La Boucan à Sainte-Rose, à la Guadeloupe, le 29 novembre 2021

Une femme porte un t-shirt "Tous contre le chlordécone" près d'un barrage routier à La Boucan à Sainte-Rose, à la Guadeloupe, le 29 novembre 2021 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Dans ce dossier très sensible en Guadeloupe et en Martinique où plus de 90% de la population adulte est contaminée par le chlordécone, un insecticide interdit en métropole en 1990, le parquet de Paris a demandé un non-lieu.

Le parquet de Paris a demandé un non-lieu dans l'enquête sur l'empoisonnement à vaste échelle lié à l'utilisation du chlordécone aux Antilles françaises. Cet insecticide très utilisé dans les bannaneraies avait été interdit en 1990 en métropole mais seulement en 1993 dans les Antilles en raison d'un flou juridique. La substance est soupçonnée d'avoir provoqué une vague massive de cancer en Guadeloupe et Martinique.

Cette étape était attendue depuis que les juges d'instruction parisiens du pôle de santé publique avaient clos leurs investigations sans avoir procédé à des mises en examen. Dans son réquisitoire définitif daté de jeudi, consulté par l'AFP, le parquet considère notamment que les faits semblent prescrits, s'agissant notamment de l'empoisonnement, ou non caractérisés, concernant l'administration de substances nuisibles.

Il appartient désormais aux juges d'instruction de rendre leur décision finale dans ce dossier très sensible en Guadeloupe et en Martinique où plus de 90% de la population adulte est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France.

La population antillaise présente par ailleurs un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde et ces cancers liés à l'exposition au chlordécone ont été reconnus comme maladie professionnelle en décembre.

"La tournure que prend cette scandaleuse affaire est préoccupante car on s'achemine vers un déni de justice"

L'enquête avait été ouverte en 2007 après le dépôt par plusieurs associations antillaises d'une plainte pour empoisonnement, mise en danger de la vie d'autrui et administration de substance nuisible.

En 2021, les juges d'instruction chargés du dossier avaient fait part à plusieurs parties civiles de leur analyse selon laquelle les faits seraient dans leur grande majorité prescrits.

L'annonce de la fin des investigations sans aucune mise en cause avait déjà soulevé un tollé fin mars. "La tournure que prend cette scandaleuse affaire est préoccupante car on s'achemine vers un déni de justice", avaient ainsi dénoncé les avocats de l'association Pour une écologie Urbaine.

La possible prescription de l'action publique a par ailleurs déjà suscité indignation et colère aux Antilles, notamment en Martinique où 5.000 à 15.000 personnes avaient par exemple défilé dans les rues de Fort-de-France fin février 2021.

Avec AFP