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Autisme: des parents partent en guerre contre la psychanalyse

INFO RMC - Des parents d’enfants autistes vont prochainement assigner en justice les médecins psychiatres et les établissements spécialisés qui refusent encore de suivre les recommandations de la Haute Autorité de la Santé demandant la fin de la psychanalyse dans le traitement de cette maladie.

Le politique et le judiciaire ont décidé de se saisir de la question de prise en charge l’autisme car les recommandations de la Haute Autorité de Santé ne sont pas respectées par les médecins. Ainsi, côté politique, une proposition de résolution est examinée ce jeudi par l’Assemblée nationale pour interdire l’usage de la psychanalyse dans le traitement des enfants autistes. Et côté judiciaire, selon nos informations, dans le même temps, des parents d’enfants autistes vont prochainement assigner en justice les médecins psychiatres et les établissements spécialisés qui refusent encore de suivre les recommandations de la Haute Autorité.

"C'est un peu comme si vous mettiez un enfant dans un placard"

Alors que la psychanalyse dominait depuis 30 ans dans la prise en charge de l’autisme en France, la Haute Autorité a bouleversé la donne en mars 2012. Elle publie à l’époque ses recommandations en matière de prise en charge de l’autisme chez l’enfant, et préconise l’abandon de la psychanalyse, qui ne donne aucun résultat, selon elle, pour adopter une approche éducative et comportementale. Des recommandations qui ne sont donc toujours pas appliquées en France.

C'est pourquoi des parents d’enfants autistes devraient lancer une procédure d’assignation en janvier 2017. Parmi eux, Florent Chapel, président de La Maison de l'Autisme et dont le fils est lui-même autiste. "Si l'on regarde bien l'histoire de la prise en charge de l'autisme, c'est l'histoire d'une forme d'erreur médicale pendant 40 ans", estime-t-il. Et d'ajouter: "Il y a maltraitance parce qu'il y a non prise en charge adaptée. C’est-à-dire que si vous mettez un enfant dans le placard et que vous le sortez à 10 ans et bien il ne parle pas, il ne sait pas s'habiller, il ne sait pas lire, pas écrire. Il ne sait rien faire. Et bien, dix ans d'hôpital psychiatrique, c'est un peu comme si vous mettiez un enfant dans le placard".

"Une faute médicale"

"Des psychanalystes disent que la mère est responsable de l'état de son enfant, poursuit-il. Elle n'a pas aimé, elle n'a pas voulu son enfant, elle ne l'a pas désiré. Donc l'enfant est enfermé. Mais enfin, on marche sur quelle planète? Qu'ils fassent des psychanalyses avec des adultes consentants mais pas sur nos enfants". Sophie Janois, elle, est avocate, spécialiste de la défense des personnes autistes. Elle travaille actuellement avec des familles d'enfants autistes pour assigner en justice les médecins qui ne proposent pas aux enfants malades les techniques recommandées par la Haute Autorité de Santé.

"Aujourd'hui dans la plupart des établissements qui accueillent des enfants autistes, on les laisse. On leur fait faire des ateliers peinture, cuisine… L'autre jour, j'ai eu une mère de famille qui m'expliquait que son fils avait appris à faire le même gâteau pendant cinq ans. Donc les enfants n'évoluent pas, voire régressent. Des enfants sont restés six-dix ans dans un établissement et qui n'ont jamais pu bénéficier des recommandations de la Haute Autorité de Santé. Pour moi, c'est une faute médicale et c'est dans ce sens-là que nous allons agir".

M.R avec T. Chupin et M. Régnier