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"C'est une grande opération médiatique": pourquoi le transfert de patients Covid-19 de l'Île-de-France vers d'autres régions exaspère les médecins

Après 6 premiers patients d'Île de France et de l'Oise transférés ce week-end, une centaine d'évacuations sanitaire devraient être organisées cette semaine vers des régions où la tension hospitalière est actuellement moins forte.

Sur le tarmac de l'aéroport d'Orly, le porte-parole du gouvernement est venu observer le transfert de patients vers l'Ouest de la France. Gabriel Attal veut monter que l'exécutif est à l'action: "L'heure est à la mobilisation générale, pour évacuer des malades et soulager les hôpitaux".

Six premiers patients d'Île-de-France et de l'Oise ont été transférés ce week-end. Car la saturation des hôpitaux d'Île-de-France atteint un point critique constate Stéphane Gaudry professeur de médecine intensive réanimation à l'hôpital Avicenne de Bobigny en Seine-Saint-Denis: "Actuellement nous avons 24 lits de réanimation et nous sommes à 150% de nos capacités".

Une centaine de transfert est prévu cette semaine. Plusieurs TGV spécialement aménagés seront affrétés. Une solution clairement insuffisante regrette le professeur Stéphane Gaudry: "Ce genre de transfert permet de soulager un petit peu la prise en charge mais en pratique cela ne change pas grand chose. Quand vous faites sortir un patient et le transférez dans une autre région, dans les heures qui suivent le lit est pris par un autre malade".

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"Ce n'est pas sérieux"

Les patients sont envoyés vers les Pays-de-la-Loire et la Nouvelle Aquitaine... des régions moins en tension. Mais cela ne se fait pas sans conséquences explique le docteur Laurent Petit est anesthésiste-réanimateur au CHU de Bordeaux: "On va être amené à commencer à déprogrammer certaines interventions lourdes. Il va y avoir une pénalisation pour certains patients qui ne pourront pas se faire opérer de grosses chirurgies".

Christophe Prudhomme, médecin urgentiste de la fédération CGT Santé ne décolère pas. Pour lui ces transferts de patients ne sont qu'une opération de communication: "Ça nous met particulièrement en colère parce que les opérations qui sont organisées aujourd'hui, c'est une grande opération médiatique. Ce n'est pas sérieux. Cela mobilise du personnel pendant longtemps alors que la bonne solution était d'ouvrir des lits".

L'option choisie par le gouvernement pourrait se heurter à une autre difficulté : il faut obtenir l'accord des familles pour autoriser le transfert des patients. Des familles qui ne veulent parfois pas voir leur proche évacué à l'autre bout de la France.

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Nicolas Ropert (avec Guillaume Dussourt)