RMC

Campagne de la mairie de Paris contre la "grossophobie": "Une action courageuse"

-

- - -

Vendredi, la mairie de Paris a lancé une campagne contre la discrimination des gros, ou "grossophobie". Une initiative saluée par Gabrielle Deydier, auteure de On ne naît pas grosse, dans lequel elle raconte les discriminations professionnelles ou sociales qu'elle subit au quotidien en tant qu'obèse.

Gabrielle Deydier est l'auteur du livre On ne naît pas grosse, aux éditions Goutte d'Or.

"Pour moi, cette campagne de la mairie de Paris, c'est une bonne idée. En tout cas, même si ce n'est pas parfait, c'est courageux. Les gros n'attirent pas l'empathie. Assumer de parler de la grossophobie comme discrimination institutionnelle, je trouve que c'est courageux. Moi, je sais que si je suis bien reçue dans les médias depuis 6 mois, ce n'est pas du tout le cas dans l'opinion publique. Je savais qu'avec mon livre, je m'en prendrai plein la tête.

La grossophobie est un sujet tout neuf, même si c'est dur de dire ça pour ceux qui militent depuis 30 ans. Et les discriminations envers les gros existent dans tous les domaines, le monde du travail, la santé. Moi je suis déjà allée chez un dentiste qui m'a conseillé de me faire opérer pour maigrir. C'est totalement déplacé. La grossophobie est totalement assumée.

"Une ambiance où il ne faut pas être gros"

D'ailleurs un sondage montre que 45% des Français trouvent normal de discriminer une personne grosse à l'emploi. Dire que c'est normal de discriminer quelqu'un, c'est déjà une performance. Les gens pensent parfois que j'exagère, mais non. Quand près d'une personne sur deux estime que c'est normal qu'un gros soit discriminé au travail, c'est qu'il y a vraiment encore beaucoup de travail et de pédagogie à faire.

Un psychologue a dit que l'on en était à la troisième génération de femmes au régime et que du coup on est élevés dans cette ambiance-là, où il ne faut pas être gros. Ce rejet est ancré dans une sorte de mémoire collective. Moi, on m'a dit plusieurs fois 'je préfèrerais avoir le cancer ou le sida plutôt que de te ressembler'. On a assimilé l'idée qu'être gros c'est aller au-devant de tas de problèmes professionnels, matériels etc.

"On ne fait pas l'apologie de l'obésité"

Ce qui est très dur c'est qu'on est obligé d'expliquer aux gens qu'on ne fait pas l'apologie de l'obésité en essayant d'intégrer les gens qui sont déjà obèses. C'est assez dingue. On dit aux gens que l'obésité est une maladie chronique mais ils n'entendent pas. Samedi, j'ai fait une conférence et quelqu'un m'a dit: 'mais il ne faut pas rester sur votre canapé à manger des pizzas'! Donc le travail est encore long. Il y a un mépris de la personne grosse qui ne mérite rien.

J'évite de trop regarder les réseaux sociaux, mais parfois je jette un œil et c'est très violent. Les gens se permettent de nous parler comme à des moins-que-rien.

Ce qui est important dans le fait que la mairie de Paris s'attaque à cette discrimination, c'est qu'il va y avoir des retombées et d'autres villes vont s'y mettre. Là, j'ai été invitée par la mairie de Genève qui a aussi une semaine de lutte contre les discriminations en mars.

Mine de rien, au niveau de la symbolique, qu'une institution s'empare de la thématique, ça veut dire qu'on a décidé de poser un regard différent sur la question et qu'on va en parler. Je suis peut-être naïve, mais si la Mairie de Paris s'engage à être plus ouverte à l'embauche de personnes grosses, ça peut aussi encourager de grandes entreprises à le faire".

Propos recueillis par Paulina Benavente