RMC

Covid-19 à l'hôpital: "Certaines infirmières veulent quitter ce métier qui est une vocation, ceux qui nous dirigent devraient en prendre conscience"

Face à la crainte d'une deuxième vague, le professeur Éric Maury alerte sur le manque de personnel et la perte de vocation de certaines infirmières, preuve d'un réel mal-être du monde hospitalier.

L’épidémie du coronavirus touche la France depuis de nombreux mois maintenant. Même si les chiffres ne sont pas aussi alarmants que lors de la première vague, le personnel soignant peine à souffler.

Sur RMC, le professeur Éric Maury, président de la Société de réanimation de langue française, explique que "la situation est critique mais je crois qu’on est sur la crête de la montagne et il faut essayer de ne pas tomber du mauvais côté".

"Olivier Veran a raison d'être alarmiste"

Pour lui, une deuxième vague serait "catastrophique" pour le pays car, surtout, il n’y aurait pas assez de monde pour soigner les malades. "Le ministre de la Santé a raison d’être alarmiste parce que je crois que si on devait prendre une deuxième vague comme la première, ça serait vraiment catastrophique pour les hôpitaux", lance le professeur.

S'il pense que la promesse de pouvoir ouvrir les lits promis par le gouvernement lors du déconfinement peut être tenue, il craint que le personnel ne soit pas assez nombreux pour prendre en charge tout le monde.

"Si cette vocation, vous la perdez, c’est un signe extrêmement grave"

"Je crois qu’on serait capable d’ouvrir les 12.000 lits promis par le gouvernement. Mais là, le problème sera celui du personnel soignant et médical. Là, on n’a pas les troupes.

"Lors de la première vague, on n’avait que quelques régions impactées, il y a eu des mouvements extraordinaires avec d’autres régions. Maintenant ça ne serait pas possible car toutes les régions sont impactées et le personnel soignant a été extrêmement déçu des mesures sorties du Ségur de la Santé. Les résultats n’ont pas été à la hauteur de leurs attentes. Certaines infirmières vont même jusqu’à vouloir quitter l’hôpital et quitter le métier. C’est extrêmement grave car cette profession est une vocation. On est là pour aider les gens. Si cette vocation, vous la perdez, c’est un signe extrêmement grave. Les gens qui nous dirigent devraient en prendre conscience si ce n’est pas déjà fait car on va clairement dans la mauvaise direction".

"On n'est peut-être pas assez mûrs"

Pour lui ce scénario du pire peut être simplement éviter.

"Tout ça passera par du civisme, rappelle-t-il. Il faut que les Français pensent à mettre un masque, respecter les gestes barrières et, surtout, il faut garder à l’esprit que la contamination peut se faire dans l’espace public mais aussi dans l’espace privé. Si vous recevez des gens chez vous, il faut penser à respecter ces mesures. Autrement, le virus va continuer à circuler".

"On n’est peut-être pas encore assez paré, assez mûrs pour le faire, relève Éric Maury. Mais je crois que c’est ce qu’il va falloir faire. On ne va pas arrêter complètement le pays à cause de ce virus sinon, ça va être effroyable".

Maxime Trouleau