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"Ecoeurés d'être pointés du doigt": la menace de grève des biologistes, qui bloquent les stats Covid

Depuis plusieurs jours, les biologistes sont en colère et refusent de transmettre intégralement les données de l'évolution du Covid aux autorités. Un bras de fer qui peut aller jusqu'à la grève, prévient sur RMC Lionel Barrand, du syndicat des biologistes.

Tension entre les laboratoires et les autorités. Depuis le 27 octobre, les biologistes des laboratoires d'analyses médicales ont suspendu la transmission des données de dépistage sur la plateforme SI-DEP, qui permet de suivre l'épidémie de Covid en France, pour protester contre une ponction de 250 millions d'euros que le gouvernement entend leur imposer via le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Le directeur général de la Cnam (l'Assurance maladie), Thomas Fatôme, a appelé mercredi les biologistes à la "responsabilité" et à réalimenter "dès que possible" le fichier des tests Covid.

"On est prêt à faire des économies, mais pas comme ça"

Lionel Barrand, président du SJBM (Syndicat national des Biologistes Médicaux) et biologiste libéral à Strasbourg, lui répond ce jeudi matin sur RMC et assure que sa profession est prête à se mettre en grève s'ils ne sont pas entendus.

"Les 250 millions d'euros demandés par le gouvernement, nous comprenons qu'il faille participer aux économies. On est prêt à le faire, mais pas comme ça en le prenant sur la biologie d'urgence et de proximité", lance-t-il dans Apolline Matin, assurant que les biologistes sont prêts à être amputés de 250 millions d'euros de budget, mais que sur l'enveloppe Covid.

Lionel Barrand explique que sa profession n'apprécie pas d'être pointée du doigt et passer ainsi pour des "profiteurs" de la crise Covid alors que les laboratoires ont subi une tension totale depuis 2020.

"Après tous les sacrifices, nous sommes écœurés d'être désormais pointés du doigt comme des profiteurs de guerre, alors qu'on a rendu les services que le gouvernement nous a demandés", enrage-t-il.

Horaires à rallonge, burn-out, agressions à l'accueil... La situation a été parfois tendue dans les laboratoires, mais la Caisse nationale d'assurance maladie met surtout en avant les profits réalisés depuis 2020.

"Ce n'est pas nous qui avons la main sur les tarifs", défend le président du syndicat des biologistes. "C'est le gouvernement qui a fait cette politique du quoi qu'il en coûte. On a recruté du personnel, on a donné des primes, investi dans du matériel..."

"Une grève est possible"

La profession assume de ne plus transmettre les données du Covid et assure que les biologistes sont prêts à faire grève si le gouvernement ne "respecte pas sa parole".

"On est prêt à faire des efforts mais on veut montrer notre détermination et notre union. Cette action nous coûte, car quand on ne transmet pas les résultats, on n'est pas payé", précise-t-il.

"Une grève est possible. On a eu des échanges avec le directeur de l'Assurance maladie. Mais on a été extrêmement surpris de son interview (dans Le Parisien), car il attaque directement à notre mission de santé publique. La prochaine phase, c'est un durcisement des actions", lance-t-il, avant de préciser que les syndicats se réunissent en début de semaine prochaine pour décider de la suite du mouvement.

J.A.