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"Expliquez-nous": face au coronavirus, les pays européens prennent-ils des mesures aussi sévères qu'en France?

Alors que la France vient de prendre des mesures drastiques pour endiguer l'épidémie, nos voisins réagissent-ils de la même façon?

Bruxelles a exhorté hier les pays européens à serrer la vis, à prendre “Immédiatement” des mesures pour éviter que l’on retrouve la situation du printemps. C’est-à-dire pour éviter le confinement général. 

L'Union européenne a fait part de sa “très grande inquiétude” pour sept pays, dont l’Espagne et des pays d’Europe centrale comme la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie. Il n’y a donc pas que le gouvernement français qui se montre aujourd’hui très pessimiste. 

Quels sont les pays qui ont pris des mesures aussi sévères que la France?

L’Angleterre. Tous les bars, les pubs et les restaurants depuis jeudi soir ferment à 22 heures. Et ils ne peuvent offrir que du service à la table. On ne peut plus être debout dans un pub une bière à la main, ou en train de jouer aux fléchettes. Et cette mesure de fermeture à 22 heures pourrait durer six mois. 

Autre décision: les personnes en quarantaine qui ne respectent pas leur isolement risquent désormais une amende qui a été multipliée par 10 pour atteindre 11.000 euros. 

Le télétravail est recommandé et Boris Johnson a justifié toutes ces mesures en expliquant que sinon on allait vers 50.000 nouveaux cas par jour à la mi-octobre. Et 200 décès par jour a la mi-novembre. 

Inquiétude et mesure drastiques aussi en Espagne. À Madrid, des quartiers entiers sont isolés, 800.000 personnes sont concernées. Impossible de sortir de ces quartiers ou d’y entrer sans raison impérative. Les restaurants restent ouverts, mais à condition d’accueillir au maximum 50% de leur capacité. L’armée a été appelée à l’aide pour faire respecter ces mesures et pour désinfecter les rues. 

Le cas de la Belgique est très intéressant. Les mesures annoncées mercredi prennent le contre-pied de celle des autres pays européens alors que le pays est très touché par l'épidémie depuis le début puisqu’elle présente même un des pires bilans du monde en terme de décès par millions d’habitants. 850 morts, contre 480 en France. Les chiffres des derniers jours ne sont pas bons. 

Des mouvements de contestation en Europe?

Alors mercredi conférence de presse de la première ministre Sophie Wilmès. Et qu’est-ce qu’elle annonce? L’inverse de chez nous. Le port du masque ne sera plus obligatoire à compter du 1er octobre. Sauf exception par exemple dans les transports en commun. 

Les fêtes et les mariages de nouveau autorisés sans limitation. Enfin, le respect d’une bulle sociale, c’est-à-dire essayer de ne pas voir plus de cinq personnes en plus de sa famille, est levée. Pourquoi? Parce que les autorités belges craignent un rejet des mesures trop contraignantes. Il vaut mieux des restrictions moins sévères, mais bien admises et donc respectées que des mesures que la population n’accepte pas. Avis aux autorités françaises. 

Ce qui se passe en ce moment à Marseille, un rejet des mesures de fermeture des restaurants, ne se voit pas ailleurs en Europe? En Espagne, les habitants des quartiers populaires de Madrid qui sont confinés se sentent discriminés et le font savoir, mais avec moins de virulence qu'à Marseille. En Allemagne et en Pologne, on a eu des grandes manifestations anti-masque, mais c’est très politique, organisé principalement par des mouvements d'extrême droite. 

Aux Etats-Unis, il y a aussi vu un mouvement politique au printemps dernier avec des manifestations à la fois contre le confinement et pour le port d’armes, mais c’est terminé. 

Ce qui se passe à Marseille, avec ce sentiment d'être punis et injustement traités, avec toute la classe politique locale qui s’insurge, la région qui saisit la justice, des élus qui appelle à la désobéissance, tout cela, je pense que c’est une première en Europe depuis le début de l'épidémie.

Nicolas Poincaré