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Expliquez-nous: pourquoi le réchauffement climatique pourrait permettre le retour de virus zombies

La fonte de la banquise alarme le monde entier, mais une de ses conséquences inquiète particulièrement en ces temps de covid-19, c’est le réveil de "virus zombies".

Avec le réchauffement climatique, on s’inquiète de la disparition des oiseaux ou des insectes, mais certaines espèces pourraient profiter du réchauffement climatique pour revivre et ça n’est pas une bonne nouvelle, ce sont les virus. Des virus disparus, congelés, pourraient ressurgir à la faveur de la fonte de la banquise et du permafrost. 

Le permafrost, vous savez, c’est un sol gelé de manière continue, c’est un peu comme une couche géologique composée de glace et de matière organique. Qui recouvre une bonne partie de la planète : un quart des territoires émergés de l’hémisphère nord, c’est-à-dire, une superficie 30 fois comme la France, et ce permafrost, on le trouve en Sibérie, en Alaska, au Canada. Mais aussi, à une échelle beaucoup plus petite évidemment, dans les Alpes Suisse ou au Tibet par exemple.

Ca n’est pas de la science-fiction. C’est déjà arrivé, il y a quatre ans, en Sibérie, un enfant est mort parce que des spores d’anthrax vieilles de 75 ans se sont libérées. Le dégel d’une couche de permafrost après de fortes chaleurs, a fait ressurgir un cadavre de rennes qui était porteur du virus, virus qui avait disparu depuis les années 1940. Ce virus a tué plusieurs milliers de rennes, et une centaine de personnes ont dû être hospitalisées et un enfant issu d’une famille d’éleveur de rennes est mort de l’anthrax en 2016. La Russie a déployé des centaines de soldats et de vétérinaires pour stopper le virus. Un vaccin existe, on a vacciné l’ensemble des troupeaux depuis.

Combien de temps un virus peut, il survivre dans la glace ?

Si vous creusez 30 centimètres dans le permafrost, vous remontez 30.000 ans en arrière. Ce qui nous ramène tout de même à la disparition de Neandertal. Mais surtout, le permafrost peut être profond de 1 km et demi, et comme c’est un formidable congélateur ce permafrost, il peut conserver de la matière organique vieille d’un million d’années. 

Les conditions de conservation sont idéales, pas d’humidité, pas de lumière, pas d’oxygène, une température comprise entre 0 et moins 10 degrés. Et on sait qu’en 2100, 30% du permafrost aura disparu. 

En France, nous avons un éminent chercheur directeur de l’institut de microbiologie de la Méditerranée Jean-Michel Claverie. En 2014, ce professeur a ressuscité deux nouveaux virus qui avaient passé 30.000 ans en hibernation, des virus inoffensifs pour l’homme qu’il est allé extraire du permafrost en Sibérie. Il explique: “Si vous mettez un yaourt dans le permafrost, il sera encore bon 40.000 ans plus tard”.

En 2004, dans le permafrost, des séquences ADN du virus de la variole ont été identifiées dans le corps momifié d’une femme préservé depuis près de 300 ans. La variole, c’est un virus qui a disparu aujourd’hui. La crainte, c’est donc ces “virus zombies” mais aussi, et ce serait pire, que des virus avec lesquels nous n’avons jamais été mis en contact ressuscitent.

Mais pourquoi les scientifiques tirent la sonnette d’alarme aujourd’hui ?

Avec le dégel, des zones qui étaient inhabitée parce qu’inhabitable deviennent accessibles, on peut s’y rendre en bateau et s’y installer. Dans ces sols, on sait qu’il y a du gaz, du pétrole, de l’or, des diamants, donc ce sont des zones qui attirent.

Jusqu’à aujourd’hui, quand un microbe du passé resurgit, avec la fonte de glaces, les ultraviolet produits par le soleil ou l'oxygène qui est un excellent désinfectant, tuent le virus qui remonte petit à petit à la surface. Mais surtout, les zones de permafrost sont quasi-désertiques donc le risque est minime d’une transmission à l’homme. 

Mais avec la fonte des glaces, ces terres deviennent accessibles, cultivables. La Russie par exemple à commencer à y installer des mines et si on creuse le permafrost, l’exposition immédiate des virus extraits par des hommes sans protection fait que très vite, le virus peut se raviver en rencontrant un potentiel porteur. Et ces virus peuvent-être totalement inconnus puisqu’ils peuvent dater de plusieurs milliers d’années.

Quelle est la probabilité pour que cela arrive ? Impossible à dire pour le professeur Claverie. Le risque est avéré, mais il n’est pas quantifié.

Bérengère Bocquillon