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Faut-il confiner les plus âgés et les personnes à risques pour sauver Noël en famille?

Pour le professeur Xavier Lescure, il serait une bonne idée de confiner seulement les personnes à risque qui "remplissent les hôpitaux".

Allier le sanitaire et l’économie est une problématique majeure pour l’Exécutif. Un autre scénario est aujourd’hui envisagé: celui de "confiner les seules personnes à risque". Cela permettrait alors de pouvoir relancer l’économie progressivement.

Pour Xavier Lescure, cette hypothèse serait une bonne idée. Il s’explique.

"Le scénario d’isoler les personnes les plus âgées et les plus vulnérables, en tant que soignant et citoyen, ça me parait être une bonne idée. Aujourd’hui, il y a une vraie polarisation pour éviter les clivages. Mais, en même temps, il faut être réaliste, on ne peut pas sacrifier des générations de jeunes qui sont en train de prendre la vague du Covid et la vague sociétale en pleine face sans rien faire et sans s’adapter".

"On sait que les personnes fragiles et les personnes âgées remplissent les hôpitaux"

"On sait que les personnes fragiles et les personnes âgées remplissent les hôpitaux, rappelle-t-il. On sait que l’Hôpital est fragile. Dans les mesures qu’on aurait pu prendre entre les deux vagues, je pense que le Ségur est un bon début mais on n’a pas senti un soutien aussi acté qu’il n’a été affiché".

La question maintenant est de savoir où mettre le curseur.

"Il y a une question d’âge qui est évidente. Il y a plusieurs curseurs possibles: 50 ans, c’est hors de question même si dès cet âge on a des formes graves (de la maladie, Ndlr) mais ce n’est pas les principales. Il y a 65 ans aussi mais c’est encore jeune. Je pense qu’il faut fixer la barre à 70/75 ans. Pour ce qui est des fragilités, elles sont plus ou moins importantes et impactent plus ou moins sur la sévérité. Il faut donc prendre celles comme l’obésité, les grandes insuffisances rénales ou respiratoires etc".

"On peut approcher quelqu’un sans prendre de risques avec des mesures barrières"

Si ces mesures sont plausibles, elles doivent être accompagnées d'autres pour prévenir l'isolement, alerte l'infectiologue.

"Ce sont aussi des personnes qu'il ne faut pas les isoler socialement mais les confiner en les entourant et en les aidant. Il y a pleins de solutions digitales qui existent. Il faut être présent moralement. Il y a pleins de gens qui peuvent les aider à ce qu’ils ne se retirent pas totalement de la société. Et puis on peut approcher quelqu’un sans prendre de risques avec des mesures barrières. Ces gens qui s’approcheraient de ces gens fragiles doivent être formés et suffisamment protégés. C’est tout à fait possible de manière ciblée".

"La situation est complexe mais je pense qu’une partie de la réponse n’est pas si compliqué que ça"

Une mesure qui pourrait être très critiquée mais qui pourrait être nécessaire pour ne pas mettre trop à mal notre économie. Ça sera au gouvernement de choisir. Xavier Lescure, lui, ne veut pas que les soignants soient "les méchants" dans l'histoire.

"Je ne veux pas que l’on braque les soignants contre "les bons vivants". On est tous dans le même bateau. Nous, on bosse comme des fous et certains - que je n’oublie pas - ne peuvent plus travailler. On doit s’adapter pour éviter de saturer les hôpitaux parce que quand vous avez des salles de réanimations qui sont pleines, ce n’est plus le moment de réfléchir, il faut tout arrêter et soigner. On n’a pas le choix".

"Il y a eu des rapports lors de la première vague qui n’ont pas été assez écoutés. La situation est complexe mais je pense qu’une partie de la réponse n’est pas si compliqué que ça !", conclut-il sur RMC.

Ce vendredi, la réponse du gouvernement a été catégorique: il n'a aucune intention d'imposer le confinement aux seules personnes les plus vulnérables au Covid-19, car cette solution n'est pas "faisable" et ne respecterait pas le principe de solidarité entre les générations, a assuré vendredi le ministre de la Santé, Olivier Véran. 

Maxime Trouleau