RMC

"Il y a des comas éthyliques à cause du vin": les addictologues répondent au ministre de l'Agriculture

Marie-Josée Augé-Caumon, pharmacienne et co-rapporteur d’un avis publié la semaine dernière pour le Conseil économique et social sur les "addictions au tabac et à l'alcool" a bondi de sa chaise en entendant le ministre de l'Agriculture dire sur RMC mercredi que le vin n'était "pas un alcool comme les autres".

Le vin ne serait "pas un alcool comme les autres". Les mots du ministre de l'Agriculture mercredi en direct sur RMC ont suscité l'indignation des associations luttant contre l'alcoolisme. Didier Guillaume assurait n'avoir "jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit saoul car il a bu du Côtes-du-Rhône".

Les spécialistes de l'addiction à l'alcool sont en colère, ils réclament notamment un prix plancher pour ne pas que l'on trouve du vin à deux euros le litre. Le ministre de l'Agriculture a pourtant fait une distinction entre le vin et les autres alcools, d'ailleurs le chef de l'Etat avait fait polémique en février dernier, en disant la même chose que Didier Guillaume.

"Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n'est pas avec le vin", avait-il déclaré pour exclure tout durcissement de la loi Evin tant qu'il serait en poste. 

"Sa consommation excessive produit les mêmes effets"

Marie-Josée Augé-Caumon, pharmacienne et co-rapporteur d’un avis publié la semaine dernière pour le Conseil économique et social sur les "addictions au tabac et à l'alcool", est choquée que l'on puisse faire croire que le vin est sans risque pour la santé.

"Ca a fait bondir tous les gens qui s'occupent des addictions. Bien sûr que le vin est un alcool comme les autres ! Sa consommation excessive produit les mêmes effets. Boire de l'alcool modéremment n'est pas toxique, mais lors de consommations à risque ou avec un comportement d'addiction, il est dangereux."

"Nous avons voulu nous libérer des lobbys qui sont présents partout"

Le ministre visait les jeunes en particulier qui ne boiraient selon pas du "Côtes-du-Rhône" en soirée. La pharmacienne estime que le ministre reprend la rhétorique des lobbys du vin.

"C'est ce que nous avons voulu éviter au Conseil économique (Cese). Nous avons voulu nous libérer des lobbys qui sont présents partout. Il ne faut pas fustiger que les jeunes. Le ministre à voulu parler des jeunes mais non, les addicts sont nombreux, il y a des comas éthyliques à cause du vin. Le vin peut être aussi dangereux que les alcools forts en consommation excessive."

Alors que le paquet neutre fonctionne pour le tabac, la pharmacienne aimerait que l'on "dénormalise" également l'alcool et instaurer un tarif plancher pour éviter les open-bars et les alcools pas cher en soirée étudiante par exemple.

James Abbott