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"Il y a eu un déni des laboratoires Servier": le témoignage crucial de la lanceuse d'alerte Irène Frachon, applaudie au procès Mediator

Au procès du Mediator, Irène Frachon, la lanceuse d'alerte à l'origine du scandale, a témoigné pendant sept heures, avant d'être applaudie par les parties civiles.

Un témoignage crucial. Plus de trois semaines après l'ouverture du procès des laboratoires Servier et de l'Agence de sécurité du médicament, dans l'affaire du traitement coupe-faim, accusé d'avoir provoqué la mort de 500 personnes, Irène Frachon la pneumologue à l'origine des révélations sur le scandale du Mediator, est revenue en détail sur près de 12 ans d'enquête.

Pendant sept heures, la lanceuse d'alerte raconte notamment les effets du médicament. Sur l'écran de la salle d'audience, des photos du cœur ouvert de Marie-Claude, décédée après 6 ans de Mediator. L’organe jauni semble avoir fondu par endroit: "Pas besoin d’être expert pour constater qu’il est abîmé", lance la pneumologue, avant de retracer son travail d'enquête.

Pendant dix ans, Irène Frachon a observé les mêmes pathologies cardiaques, avec pour dénominateur commun, le Mediator: "Il y a eu un déni des laboratoires Servier dès les premières alertes (...) J'ai échappé de peu à leur tromperie ça n'a tenu qu'à un fil", témoigne -t-elle, avant d'être applaudie par une grande partie de la salle.

"Héroïne"

En sortant de la salle d'audience Irène Frachon, la pneumologue du CHU de Brest, tombe dans les bras de plusieurs victimes du médicament: "Je suis médecin et j'ai témoigné en tant que médecin et maintenant je souhaite que le tribunal prenne connaissance de tous les éléments", assure-t-elle, se disant inconsolable.

"C'était fort parce que c'était le courage d'une femme, une lanceuse d'alerte. On a ressenti l'admiration des gens et le fait qu'elle ai parlé en toute indépendance", explique Lisa Boussinot, dont la mère est morte à cause du Mediator. Pour Jean-Christophe Coubris, l'avocat des parties civiles est une "héroïne": "Elle est profondément humaine. Sans elle, il n'y aurait à mon avis, pas de procès et le Mediator serait encore commercialisé", estime-t-il. En quittant le Palais de Justice, la pneumologue assure vouloir maintenant se consacrer encore plus qu'avant aux victimes de ce médicament.

Jean-Baptiste Bourgeon et Nicolas Ropert (avec Guillaume Dussourt)