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"J'ai fait trois tentatives de suicide pour m'échapper de cette saloperie": alcoolique depuis 30 ans, le témoignage poignant de Philippe

Il n'existe pas de seuil en dessous duquel l'alcool est sans risque pour la santé, assènent des experts alors que nombre de Français se réjouissent de pouvoir à nouveau boire un verre en terrasse en ces temps de Covid.

C'est une question que RMC vous posait ce matin: comment réduire la consommation d'alcool des Français?

Selon une nouvelle étude, il n'existe pas de seuil en dessous duquel l'alcool est sans risque pour la santé, assènent des experts alors que nombre de Français se réjouissent de pouvoir à nouveau boire un verre en terrasse en ces temps de Covid. "Toute consommation - même faible - a un effet délétère pour la santé", soulignent-ils dans un rapport d'"expertise collective" de l'Inserm, publié vendredi, sur la réduction des dommages associés à l'alcool, que consomment près de 43 millions de personnes en France.

Les niveaux de consommation demeurent élevés, notamment chez les jeunes, alors qu'on dénombre en France "41.000 morts par an (dont 11.000 femmes) pour un coût social estimé à 118 milliards d'euros", notent-ils dans ce document de 700 pages, assorti de recommandations.

Ils préconisent ainsi de durcir la loi Evin de 1991, "considérablement affaiblie" ces dernières années, en interdisant la publicité sur internet et dans l'espace public, et d'augmenter le prix (en taxant les boissons au gramme d'alcool ou avec un prix minimum comme en Ecosse). Ils suggèrent également de "réduire la disponibilité de l'alcool" (via les plages horaires de vente et le nombre de commerces ou de licences) et de "rappeler les repères de consommation à risque faible" (pas plus de 2 verres par jour et pas tous les jours) ainsi que "la plus grande vulnérabilité biologique des femmes vis-à-vis de l'alcool".

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Autant de pistes de santé publique qui ne convainquent pas Philippe, un auditeur de RMC. En direct, au téléphone avec Apolline de Malherbe, ce dernier a confié son combat contre l'alcool: 

"On ne parle pas d'alcoolisme, mais de maladie alcoolique. C'est une maladie reconnue. (...) Je suis malade depuis plus de 30 ans, j'ai fait de nombreuses hospitalisations, ça m'a fait faire trois tentatives de suicides pour essayer de m'échapper de cette saloperie. Et aujourd'hui, je suis abstinent depuis 4 ans. Je ne consomme plus, mais j'ai toujours ce sentiment de culpabilité que l'alcool m'a coûté un divorce, des gros problèmes avec mon fils, avec mon entourage ou le regard des autres..."

Avant de confier:
"Je pense sincèrement qu'augmenter les prix ne changera absolument pas la donne. Les gens malades continueront à s'approvisionner, même si on augmentait considérablement les prix des alcools forts, car c'est ça que l'on consomme pour se mettre dans un état second. Si on ne fait pas ça, on a de gros problèmes physiques, des tremblements... On consomme pour se sentir à peu près bien. (...) C'est comme le tabac: même si on met des images difficiles à voir, ça ne change absolument pas les choses" a-t-il analysé. 

D'après deux études, la consommation régulière (10 fois ou plus dans le mois) concerne un jeune sur dix en classe de seconde et un jeune sur quatre en terminale. Les plus de 50 ans ne sont pas en reste: depuis 2013, leur niveau de consommation d'alcool a augmenté, notamment les épisodes d'"alcoolisation ponctuelle importante" (la beuverie express ou binge drinking) et de consommation à risque d'alcool (plus de deux verres quotidiens).

La consommation d'alcool est responsable directement ou indirectement d'une soixantaine de maladies, dont des cancers comme le cancer du sein et des maladies cardiovasculaires. Elle est également la première cause d'hospitalisation et la deuxième cause de mortalité évitable en France (après le tabac), rappellent les experts, qui lui dénient des effets protecteurs. 

Xavier Allain (avec AFP)