RMC

"Une drogue ancienne à laquelle on est habitués": faut-il fixer un prix minimum de vente pour l'alcool?

La consommation excessive d'alcool fait perdre un an d'espérance de vie en moyenne

La consommation excessive d'alcool fait perdre un an d'espérance de vie en moyenne - AFP

DOCUMENT RMC - Une nouvelle étude met en avant les risques toujours plus grands liés à la consommation de l'alcool et plaide pour une nouvelle taxe afin d'éviter de tomber dans l'addiction trop jeune notamment.

Taxer d'avantage l'alcool pour faire baisser sa consommation, c'est l'une des propositions chocs d'un rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) dévoilé vendredi. Après 3 ans de travail, les chercheurs et cliniciens révèlent que sur les 43 millions de Français qui consomment de l'alcool, 30% présentent des risques de santé ponctuels ou chroniques alors que l'alcool cause 41.000 morts chaque année et coûte annuellement près de 118 milliards d'euros à la société. Plus précisément, un Français sur quatre a une consommation jugée "à risques" une proportion qui monte à un tiers chez les hommes de 18 à 35 ans.

"C'est une drogue ancienne à laquelle on est habitués dans notre pays. Tout le monde vit dans un univers où l'on consomme de l'alcool, ça parait banalisé et on oublie le risque qui est majeur", rappelle sur RMC le docteur Bernard Basset, médecin spécialisé en santé publique et président de l’association "Addictions France", qui déplore la pression des lobbys.

"Chaque consommation d’alcool est à risque. Evidemment le risque augmente avec la quantité consommée mais même le premier verre augmente le risque de cancer. On a découvert de nouveaux types de cancers qu'on ne connaissait pas causés par l'alcool, comme le cancer du sein", ajoute le praticien.

Le rapport de l'Inserm préconise donc d'instaurer un prix minimum par unité d'alcool ce qui permettrait de ne pas avoir d'alcool pas cher et donc de limiter la consommation, au moins chez les plus jeunes. Il faut appliquer les mêmes méthodes qu'avec les cigarettes, plaide l'addictologue Olivier Phan:

"L'augmentation de la taxe de la cigarette a fait baisser notamment les premières consommations. Quand on est dépendant, l'augmentation du produit n'entraîne pas une diminution de la dépendance. En revanche, sur les premières consommations, cela peut avoir un impact. Mais ça ne suffit pas seul. Il faut associer à l'augmentation des taxes, des mesures de prévention et d'accompagnement".*

>> A LIRE AUSSI - Réouverture des terrasses: ces villes qui restreignent déjà la consommation d'alcool

"Le prix influe fortement la consommation des plus jeunes"

"Le prix influe sur les achats et la consommation. L’entrée dans la maladie alcoolique se fait progressivement, surtout quand on est jeune. Le prix influe fortement la consommation des plus jeunes", renchérit le docteur Bernard Basset qui plaide pour une politique ciblant tous les alcools, estimant qu'une bouteille d'alcool d'une moyenne de 7 verres ne doit pas valoir moins de 3,5 euros.

En attendant l'instauration d'une telle taxe et d'un éventuel prix minimum à la vente, les Français boivent aujourd'hui 3 verres par jour en moyenne Beaucoup trop, assurent les experts, qui ont fixé un seuil maximum à deux verres par jour et pas plus de 10 par semaine avec un jour sans. Mais les consommateurs ne sont pas tous convaincus qu'une hausse du prix limiterait la consommation: "Le vin ou la bière, ce n'est pas très cher, si c'est un ou deux euros ce ne sera pas un gros budget en plus, donc ce n'est pas dissuasif", assure à RMC Rudy, un riverain qui profite d'un dimanche ensoleillé pour boire quelques verres à l'occasion d'un pique-nique.

Les alcools sont déjà suffisamment taxés renchérit Thomas Montagne, président de la confédération européenne des vignerons indépendants:

"Est-ce qu'il faut aller dans l'interdiction systématiquement ou plutôt éduquer les gens. Moi je suis plutôt en faveur de l'éducation, le vin c'est une culture avant d'être un alcool. C'est une manière un peu réductrice de voir les choses", plaide-t-il.

Pourtant il y a urgence à agir alerte l'Inserm. La mortalité liée à l'alcool est plus élevée en France que chez nos voisins européens et reste la première cause d'hospitalisation en temps normal.

>> A LIRE AUSSI - Confinement: ces chiffres qui montrent l'explosion de la consommation d'alcool à domicile

Nicolas Ropert et Guillaume Dussourt