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Les patients hostiles à la chirurgie ambulatoire: "La maladie ne se gère pas comme une entreprise"

Pour réduire le trou de la Sécurité sociale, la ministre de la Santé Agnès Buzyn souhaite que plus de patients rentrent chez eux après des opérations légères, sans passer de nuits à l'hôpital. Les patients rencontrés par RMC se disent hostiles à cette mesure.

Dans sa volonté de réduire le trou de la Sécurité sociale de 3 à 2,2milliards d'euros en 2018, la ministre de la Santé Agnès Buzyn compte bien mettre à contribution l'hôpital, en luttant notamment contre les hospitalisations jugées inutiles. Pour faire des économies, la ministre veut faire passer de 50% à 70% la part de chirurgie ambulatoire, ces opérations qui ne nécessitent pas de passer une nuit à l'hôpital. L'objectif d'ici à 2022, c'est que 7 malades sur 10 admis à l'hôpital soient soignés dans la journée.

"On ne sait jamais, on peut avoir quelque chose d'inattendu"

Une mesure qui ne trouve pas d'écho favorable auprès des patients rencontrés par RMC devant un hôpital parisien. Ainsi de Marie, une retraitée de 85 ans, venue se faire retirer une tumeur bénigne. Une opération qui l'obligera à passer 2 nuits à l'hôpital, ce qui la rassure. "On ne sait jamais, on peut avoir quelque chose d'inattendu, une rechute. Mieux vaut ne pas sortir trop rapidement. Au bout de deux jours on devrait être en bon état", anticipe-t-elle. "Ce sont des manières de fonctionner comme des gestionnaires, mais la maladie ne se gère pas comme une entreprise, dénonce Julie, venue rendre visite à un proche hospitalisé. Ce sont des arguments de financiers".

"Diminuer le nombre de lits n'est pas une solution"

Du côté des soignants non plus on n'est pas favorable à une augmentation drastique de la chirurgie ambulatoire. Le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric Valletoux, craint qu'avec le vieillissement de la population, l'objectif de 70% de chirurgie ambulatoire soit difficile à atteindre. "Diminuer le nombre de lits n'est pas une solution. On manque de lits, notamment de médecine générale, pour accueillir des personnes âgées qui ont besoin d'un suivi particulier". Pourtant, dans les pays d'Europe du Nord, plus de 80% des opérations chirurgicales se pratiquent sur la journée. Un exemple à suivre pour la ministre de la Santé.

P. Gril avec Nicolas Ropert