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Les profs invités à débattre de la vaccination avec les élèves: "Le ministère est encore à côté de la plaque"

Le gouvernement compte sur les professeurs de collèges et lycées à évoquer la vaccination en classe sous forme de débats. Mais pour les enseignants, ce n'est pas de leur ressort.

C’est la rentrée des enseignants aujourd’hui ! Avec un nouveau défi : inciter les élèves à se faire vacciner. C’est un souhait du ministre de l’Education Nationale : que les enseignants évoquent la vaccination avec les collégiens et les lycéens pour que l’école puisse "éclairer" le choix des familles. Enseignantes en Normandie, en lycée pour l’une et collège pour les deux autres toutes trois militantes SNES-FSU, Valérie, Cécile et Claire-Marie, s'étonne de cette directive de Jean-Michel Blanquer.

"Je suis professeur de SVT et la vaccination c'est un sujet qui a toujours fait partie de nos programmes. Je vais le faire dans le cadre de ma profession. Maintenant les élèves sont mineurs, et c'est à leurs parents de prendre la décision", assure Valérie Degoy. "En tant que professeur de Français, je ne le ferai pas, je n'ai pas la base scientifique nécessaire", reconnaît de son côté Cécile Chandavoine.

Elles sont prêtes à discuter avant ou après les cours avec les élèves volontaires. Mais surtout pas, poursuivent-elles, sous forme de débat comme le suggère un document du ministère, proposant une sorte de jeu de rôle intitulé "Comment décider de se faire vacciner ou pas ?", qu'elles découvrent sur leur téléphone:

"Les premiers mots en gras que je lis c'est 'débat et opinion'. Je me dit que le ministère est encore complètement à côté de la plaque. Il n'y a pas de débat à avoir sur la vaccination, ce n'est pas une histoire d'opinion mais de connaissance scientifique", s'exaspère Valérie Degoy la prof de SVT.

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"L'école ne doit pas substituer aux pouvoirs publics"

"Répondre aux questions des élèves bien sûr, rappelez comment fonctionne la vaccination ça a toujours été le rôle de l'école", renchérit Claire-Marie Feret, secrétaire académique du syndicat. "Mais l'école ne doit pas substituer aux pouvoirs publics pour convaincre par l'intermédiaire d'enfants mineurs les parents. Ce n'est pas le rôle de l'école d'instruire ou d'informer les parents"

La professeure de SVT, elle, regrette que son enseignement au lycée soit devenu uniquement une option depuis la réforme de 2019 :

"Quand on voit ce qu'est devenu l'enseignement scientifique, la connaissance du système immunitaire et la vaccination, c'est quelque chose qui aurait pu être à destination de tous les élèves et pas simplement quelques-uns qui ont fait le 'bon' choix de la spécialité SVT en première", assure l'enseignante.

Toutes les trois préféreraient que les infirmières scolaires interviennent en classe les jugeant plus légitimes.

L’enjeu de la vaccination est important : selon des projections de l’institut Pasteur publiées cet été, la moitié des contaminations pourraient concerner les enfants et les adolescents à la mi-septembre. Les 12-17 ans sont vaccinés à 62% (3,1 millions) avec au moins une dose tandis que 45% sont complètement vaccinés. Il reste 2 millions de personnes à vacciner dans cette tranche d'âge.

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Nicolas Traino (avec Guillaume Dussourt)