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Levothyrox ancienne formule: "On est incapable de dire si on va pouvoir fournir nos clients"

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Les pharmaciens ont de réelles difficultés ce lundi à fournir aux patients l'ancienne formule du Levothyrox, à nouveau délivrée ce lundi sous l'appellation Euthyrox. Sur RMC.fr, le Dr Eric Myon dénonce les conditions dans lesquelles cette mise à disposition a été préparée.

Le Dr Eric Myon, pharmacien gérant de la pharmacie homéopathique de l'Europe, dans le 8e arrondissement de Paris. Il est également président de l'Union nationale des pharmacies de France (UNPF).

"A partir du moment où vous avez un ministère qui est infichu (sic) de gérer ce genre de crise, cela ne pouvait être que le bazar. Le ministère a remis en circulation un certain nombre de boîtes distribuées à l'ensemble des pharmacies sans savoir où étaient les besoins. A partir de là vous avez des pharmaciens qui essayent de répondre à la demande, qui est plus importante que l'offre. Et derrière, il y a des grossistes qui essaient de dispatcher les quelques boîtes disponibles comme ils le peuvent. Résultat, on a ce matin des patients qui viennent nous voir avec de nouvelles ordonnances pour l'Euthyrox, à qui nous sommes incapables de dire si on va pouvoir fournir, en quelle quantité, et pour combien de temps.

"Là, c'est le grand flou"

On sait qu'il allait y avoir une forte demande, et pourtant on est parti sur des conditionnements trimestriels. C'était plutôt l'occasion de tenter une délivrance du médicament plus fractionnée pour avoir un plus grand nombre de patients rassurés, le temps d'avoir un système de dispensation équilibré. Là, c'est le grand flou. On s'attendait à ce que ce soit le bazar, donc on n'est pas surpris.

Les clients sont inquiets et en colère. Il y en a qui prennent du recul et qui comprennent qu'on ne puisse pas leur fournir en Euthyrox pour l'instant. Et d'autres qui ne comprennent pas qu'on n'en ait pas déjà en pharmacie. Sauf qu'on ne pouvait les commander qu'à partir de ce matin pour être livré dans l'après-midi. Le plus dur pour nous, c'est de leur dire qu'on ne sait pas s'ils vont pouvoir avoir leur médicament. Comment je fais si j'ai trois boîtes pour 10 demandes? Comment je les attribue?

"Des clients inquiets et en colère"

On a eu une dizaine de patients pour de l'Euthyrox ce matin, mais heureusement ce n'était pas la ruée. Parce que quand on passe commande via notre système de gestion informatique, il est déjà indiqué 'en rupture' ou en 'manque fabricant', donc on ne sait pas ce qu'on va obtenir. J'ai eu mon grossiste au téléphone, il me dit qu'il ne sait pas comment il va faire pour répondre à la demande. C'est bien de passer par les grossistes, c'est un système fluide et efficace, mais qui n'est pas centralisé. Il aurait fallu un système plus centralisé, et il aurait fallu fractionner la dispensation, pour pouvoir traiter plus de patients.

Il aurait fallu mettre en place un vrai protocole: chaque patient va voir son endocrinologue, et en fonction des résultats de son examen, on voit s'il y a un réel besoin de revenir à l'ancienne formule. On constitue alors un stock important qu'on ne distribue que fin octobre pour être sûr de pouvoir répondre à la demande. Pour les autres, on augmente légèrement les doses de la nouvelle formule pour équilibrer. Voilà, quelque chose d'organisé, quoi! De toute façon, on ne construit pas des gestions de crise sans impliquer les professionnels concernés (médecins généralistes, pharmaciens…). A un moment, il faut sortir du communiqué de presse et aller sur le terrain."

Propos recueillis par Philippe Gril