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"Mon père a perdu 16 kg": un an après le scandale Orpea, un fils de résidents témoigne et dénonce

Après le scandale des résidences Orpea qui a éclaté il y a un an, les choses ont-elles changé dans les Ehpad gérés par le groupe? Pas vraiment, selon Michaël, dont les deux parents sont résidents d'un établissement du sud de la France. Vols, manque d'hygiène, perte de poids... Selon lui, ses parents sont victimes de maltraitance.

Il y a un an, le groupe Orpea s'est retrouvé dans la tourmente à la suite de la parution du livre Les Fossoyeurs, écrit par le journaliste Victor Castanet. Il y raconte la maltraitance envers certaines personnes âgées, la façon dont les salariés sont malmenés et y évoque la gestion comptable, entre autres.

En avril 2022, Me Sarah Saldmann avait déposé 80 plaintes contre Orpea. Elles ont été regroupées avec d'autres plaintes au parquet de Nanterre. Depuis, certaines d'entre elles ont été classées sans suite: le chiffre, mis à jour, est de 53 plaintes envoyées en enquête préliminaire.

Si, depuis, les contrôles ont été renforcés, que certains cadres dirigeants ont été limogés et que le dialogue social s'est amélioré, certaines pratiques demeurent.

"Ses mains pleines d’excréments à table"

RMC a rencontré Michaël, dont les deux parents résident dans un Ehpad géré par Orpea dans le sud de la France. Il dénonce de graves manquements en termes de sécurité et d'hygiène, notamment. Son père, âgé de 74 ans, et sa mère, âgée de 72 ans, sont tous les deux malades. Il s'en est occupé pendant cinq ans avant de les placer dans cet établissement en 2020.

Selon lui, leur état ne cesse de se détériorer. "Mon père a perdu 16 kg, ma maman se dégrade aussi, à tel point qu’elle n’ouvre presque plus les yeux, elle se déplace sans savoir où elle va", explique-t-il. D'après Michaël, ils subissent des maltraitances.

"Il y a une semaine ou deux, je rends visite à mes parents pour emmener ma mère chez le neurologue. Lorsque je la récupère, je me rends compte qu’elle n’a pas les dents lavées et ça date de plusieurs jours. Elle est arrivée sans manteau, en hiver. Je suis donc parti voir mon père qui était déjà à table à 17h30 et j’ai eu l’heureuse découverte de voir ses mains pleines d’excréments à table. Je pense que ça, ça ne devrait pas arriver", ajoute Michaël.

Le siège social alerté il y a un an

D'après lui, ces manquements ne sont pas nouveaux et il a déjà fait un signalement il y un an. "Après en avoir référé à la responsable, à la cadre infirmière, je n’ai pas trouvé d’autres solutions que d’écrire au siège social. Je me devais de signaler les événements qu’on avait rencontrés là-bas, que ce soit le vol de la carte bancaire de ma mère par un employé ou le vol de la gourmette de mon père. Il fallait tirer la sonnette d’alarme et surtout il fallait que ça change", précise-t-il.

Il estime que, depuis ce courrier, rien n'a changé. "L’impression que ça donne, c’est que tant que les résidents sont là, que les frais d’hébergement sont payés, tout va bien."

Michaël ne comprend pas comment tous ces manquements sont possibles. "Je me suis occupé de mes parents pendant plusieurs années. Ce que je demande aujourd’hui à cette résidence de faire, moi je l’ai fait seul pour les deux. Je faisais les lessives, je leur faisais à manger, la douche, je leur coupais les ongles, j’ai tout fait. Ils sont spécialisés pour ça et j’ai l’impression qu’ils en font moins que moi je faisais. Ça me révolte", dénonce-t-il.

Le fils envisage de porter plainte

Ce qu'il souhaite, c'est de savoir que ses parents sont en sécurité et que les choses changent, définitivement. "Cette situation n’est pas viable, pour mes parents, pour nous qui nous faisons du souci et pour Orpea. À partir du moment où on place nos parents là-bas, on leur fait confiance, mais moi aujourd’hui je ne leur fais plus confiance."

Michaël envisage aujourd'hui de porter plainte et s'est rapproché d'une avocate. Il cherche aussi à placer ses parents dans une autre institution.

AB avec Lucile Pascanet