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"On est catastrophé": le médicament Belatacept, prescrit lors des greffes de rein, en pénurie

INFO RMC. C'est une pénurie de médicaments qui pourrait avoir de fortes conséquences. Le Belatacept, un anti-rejet prescrit aux patients qui subissent une greffe de rein, est actuellement quasiment inaccessible. Sans ce traitement, le risque de rejet est beaucoup plus élevé.

Les tensions d'approvisionnement concernant plusieurs médicaments se poursuivent. Un médicament de plus est en alerte. Une pénurie aux "conséquences graves" selon l'association de patients Renaloo, qui sonne l'alerte.

Ce médicament est un anti-rejet prescrit lors des greffes de rein: le Belatacept. C’est un médicament à vie prescrit pour que la greffe prenne et pour éviter des complications. Le laboratoire BMS ne sera pas en mesure d'en produire assez pendant au moins un an.

Caroline attend une greffe de rein pour pallier son insuffisance rénale incurable. Mais elle est actuellement en plein doute, car tous les spécialistes lui indiquent que le Belatacept est le meilleur anti-rejet. Mais elle a de grandes chances d'en être privée.

“Clairement, ça m’angoisse. Ça veut dire que déjà, avant d’être greffée, la perte de chance, je l’ai déjà en mémoire”, regrette-t-elle.

Cette perte de chance ne fait pas de doute pour les médecins transplanteurs, car les traitements administrés à la place du Belatacept sont toxiques pour le rein greffé et le dégradent, précise le professeur Lionel Rostaing. “En une année, les dégâts auront progressé, se seront majorés. On est catastrophé”, confie-t-il.

Une responsabilité de l'Etat?

20.000 transplantés rénaux devraient être sous Belatacept, mais le seul fabricant au monde, le laboratoire BMS, enchaîne les retards et ne peut en produire que pour un dixième d'entre eux. Inadmissible pour l'association de patients “Renaloo” d'Yvanie Caillé.

“C’est la loi du marché et des brevets, mais les Etats sont en capacité aujourd’hui, s’ils estiment que c’est nécessaire, de produire eux-mêmes des médicaments pour lesquels les laboratoires ne font pas le job”, juge-t-elle.

L'association a aussi demandé à l'Etat des mesures urgentes contre le gâchis, car les restants de flacons, aujourd'hui, sont jetés. 200 patients pourraient pourtant en profiter.

L'agence du médicament, alertée par l'association Renaloo et les associations de spécialistes, n'a pas répondu à cette demande dans ses dernières recommandations publiées vendredi. Dans ce document, l'ANSM confirme que le traitement n'est plus accessible aux nouveaux patients, sauf en cas d'extrême urgence ou à condition que des patients déjà sous traitement arrête le leur. Des sanctions financières peuvent être prononcées à l'encontre du laboratoire mais la procédure n'est pas à l'ordre du jour nous, dit-on au sein de l'agence.

Nicolas Traino avec Guillaume Descours