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"On va déconfiner avec des chiffres moins bons que lorsque l'on a confiné": le personnel soignant juge prématuré le plan du gouvernement

Chez les soignants, on s'étonne d'un déconfinement anticipé alors que la situation à l'hôpital ne s'améliore pas et que les urgences restent saturées.

"Pourquoi si tôt", c'est la question que se pose Marie face au calendrier du déconfinement, présenté jeudi par le gouvernement. Cette jeune infirmière en réanimation ne comprend pas la décision de l'exécutif de rouvrir musées, cinémas et terrasses dès le 19 mai:

"Je sais que tout le monde n'attend que ça et je suis une des premières à n'attendre que ça mais quand je vois l'état de l'hôpital je me demande pourquoi et comment on a pu mettre cette date-là. Cela va aggraver encore plus la situation à l'hôpital. Je pense qu'il faut attendre que la vaccination soit plus importante pour rouvrir les bars".

Depuis plus d'un an, les vagues se succèdent et ses journées se ressemblent. Et pour l'instant, il n'y a aucun signe d'accalmie dans son service:

"Notre réa est toujours saturée. Le SAMU appelle je ne sais pas combien de fois par jour pour connaître le nombre de place, on leur dit qu'on en a pas et quand on en a c'est parce qu'il y a des décès".

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"Un déconfinement est possible"

Dans les territoires où le virus circulerait encore trop, Emmanuel Macron pourrait bloquer les réouvertures. Jean-François Timsit, chef du service de réanimation médicale à l'hôpital Bichat à Paris a peu d'espoir de voir la situation s'améliorer radicalement en quinze jours:

"Si on imagine que ça s'arrête aujourd'hui qu'il n'y a plus un seul cas, l'hôpital serait saturé pendant 3 a 4 semaines. Ça ne se fait pas en un claquement de doigt".

Complexe de prédire avec certitude si les contaminations vont se stabiliser ou si le rythme de vaccination va s'accélérer suffisamment. Mais pour Benjamin Davido infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches ces mesures sont contradictoires:

"On voit bien que dans d'autres pays comme en Angleterre où il y a moins de 20 morts par jour avec moins de 2000 contaminations, les résultats sont-là donc un déconfinement est possible. Nous, on va déconfiner avec des chiffres moins bons que lorsque l'on a confiné".

Et ce calendrier a été présenté alors que les premiers cas de variant indien ont été détectés en France jeudi. S'il s'avère résistant au vaccin, "cela changerait la situation" et le calendrier reconnaît le chef de l'Etat qui se garde le droit de freiner les ouvertures en cas de dégradation de la situation.

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Caroline Philippe (avec Guillaume Dussourt)