RMC

Pourquoi la tension monte entre l'Europe et la Russie autour du vaccin Spoutnik V

EXPLIQUEZ-NOUS - Les Russes ont très vivement réagi lundi, après les propos de Thierry Breton qui a affirmé que les Européens n’auront pas besoin du vaccin russe.

Le commissaire européen à l’industrie a affirmé que les Européens n’ont pas besoin du vaccin russe Spoutnik. Vladimir Poutine a pris la parole lundi à la télévision russe pour dire deux choses.

D’abord, qu’il allait se faire lui-même vacciner ce mardi, à 68 ans. Ensuite, il s'en est pris sans le nommer à Thierry Breton et aux Européens qui défendent leurs laboratoires plutôt que leurs citoyens. Un peu plus tard sur le compte Twitter du vaccin russe, un message a présenté Thierry Breton comme l’homme qui se trompe tout le temps.

Qu’avait dit le commissaire Français pour provoquer cette colère des Russes?

Il a dit dimanche soir dans le 20 heures de TF1 que l'Europe n’aura “absolument pas besoin” des vaccins russes, puisque nous avons, je cite “350 millions de doses”. Et il a ajouté, “les Russes ont un mal fou à les produire et il faudra sans doute les aider. On le fera peut-être, mais ce n’est pas à l’ordre du jour”.

C’est vrai ou c’est faux? Quand Thierry Breton dit que nous avons 350 millions de doses, il veut dire que nous en avons commandé 350 et que nous les aurons l’été prochain, si tout va bien. Comme les Russes n’auront pas les autorisations et les capacités de production massive avant plusieurs mois, il est effectivement possible que l’Europe n'ait jamais besoin de ces doses de vaccin russe.

Mais la formulation de Thierry Breton était péremptoire et inutilement agressive. L'Europe est mal placée pour dire que la Russie à un mal fou à produire son vaccin alors que l'Europe a elle-même un mal fou avec la vaccination en général, à tous les stades. Tout cela montre surtout que l’on est bien dans le bras de fer, ce sont des épisodes de la nouvelle guerre froide du vaccin.

Les Européens critiquent les Russes qui eux même attaquent les vaccins américains, qui eux même n’ont autorisé que les vaccins américains.

>> A LIRE AUSSI - Covid-19: le vaccin russe efficace à plus de 91%, ce qu'il faut savoir sur le "Spoutnik V"

Mais que sait-on de ce vaccin Spoutnik V?

On sait qu’il a été le premier. Annoncé dès le mois d'août dernier et testé sur la propre fille de Vladimir Poutine. Une étude indépendante publiée par le Lancet fait été d’une efficacité de 91,6%, c'est-à-dire quasi-jeu-égal avec Pfizer et Moderna.

Il a été créé par les chercheurs de l’institut Gamaleia, près de Moscou, à partir d’un vaccin contre le virus Ebola. Ces chercheurs affirment que pour l’instant, il n’y a pas de variant qui résiste à leur vaccin.

On sait aussi que ce vaccin appartient au fond souverain Russe. C'est-à-dire à l’organisme d'État qui gère l’argent du pétrole et du Gaz et qui a financé les recherches. Ce fond, richissime, qui s’appelle RIDF est le bras armé de Poutine pour décider qui recevra ou pas ce vaccin russe.

En revanche, on ne sait pas grand-chose des capacités de production de la Russie. Visiblement, les chercheurs ont été rapides, mais l’industrie n'a pas suivi. Aucun chiffre de production n’est disponible. On ne sait pas combien d'usines sont mobilisés.

Mais le nombre de Russes vaccinés est étonnamment faible. Il y a eu moins de doses administrées en Russie qu’en France. Et les premiers pays qui ont reçu du Spoutnik ne l’ont reçu qu'à des niveaux symboliques. Quelques dizaines de milliers de doses quand on en attend des millions.

>> A LIRE AUSSI - Spoutnik V: un vaccin en guise de revanche pour la Russie de Poutine

La stratégie de la Russie est maintenant de vendre son brevet et de faire produire à l’étranger. En quelques jours, trois accords ont été signés avec trois labos indiens pour la production de 600 millions de doses. Un laboratoire italien, le premier en Europe, va également fabriquer des vaccins russes à partir du premier juillet près de Monza en Lombardie.

Ce vaccin est maintenant autorisé dans 55 pays, mais pas en Europe. La demande d’autorisation n’a été déposée qu’au début du mois de mars auprès de l’agence européenne du médicament. La procédure va durer plusieurs mois. Les Russes protestent contre la lenteur du processus, mais ils ont eux-mêmes mis des mois à formuler leur demande.

Lorsque l’autorisation sera donnée, il faudra voir si l'Europe passe commande. Pour l’instant ce n’est pas prévu mais Angela Merkel a déjà prévenu que l'Allemagne achètera ce vaccin dès qu’il sera autorisé. Pour la France, rien n’est décidé.

Nicolas Poincaré