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Procès du Mediator: "L’argent n’a pas d’odeur", Irène Frachon dénonce les partenariats avec Servier

Avant l’ouverture du procès en appel du scandale du Mediator, la pneumologue et lanceuse d’alerte Irène Frachon dénonce, dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, les liens qui persistent entre le secteur médical et le laboratoire mis en cause.

Le scandale du Mediator à nouveau devant la justice. Avant l’ouverture du procès en appel ce lundi à Paris, la pneumologue et lanceuse d’alerte Irène Frachon attend des condamnations plus fortes et l’intransigeance du monde médical avec Servier. En première instance, le laboratoires et son ancien numéro 2, Jean-Philippe Seta, ont été reconnus coupables de tromperie aggravée et d'homicides et blessures involontaires. Servier a écopé d'une amende de 2,7 millions d'euros, Jean-Philippe Seta d'une peine de quatre ans de prison avec sursis et d'une amende de 90.600 euros. Le groupe a été en outre condamné à verser un total de plus de 183 millions d'euros de dommages et intérêts aux victimes.

"Nous avons quand même été très déçus par le délibéré du premier procès, explique Irène Frachon dans ‘Apolline Matin’ ce lundi sur RMC et RMC Story. Il a certes retenu une tromperie aggravée, des blessures et homicides involontaires, en soulignant l’extrême gravité des faits, mais en ne prononçant que des peines tout à fait disproportionnées, en ne suivant pas les réquisitions du parquet, en relaxant d’escroquerie pour des motifs juridiques que je ne comprends pas et le parquet non plus puisqu’il fait appel, en relaxant pour l’obtention indue pour cause de prescription… Nous étions très en-deçà de nos attentes. Tout est remis en jeu. Depuis 13 ans que je mène ce combat, j’ai tout vu, y compris le plus décevant, le plus frileux, notamment du côté de la justice."

"Un nouveau procès s’ouvre et on peut espérer enfin que la justice prenne la mesure du drame absolu de cette affaire, puisqu’il s’agit de milliers de morts qui s’égrènent depuis 1976, date de commercialisation, et les derniers, Cathy, Suzanne, en décembre 2022, ajoute la pneumologue. Je ne vais pas accuser la justice. Faisons-lui confiance, mais jusqu’ici ça a été très compliqué. Le drame aussi, c’est l’attitude des gouvernants qui subventionnent Servier, comme s’il ne s’était rien passé, alors qu’il s’agit d’un laboratoire délinquant. Le scandale, c’est aussi la démission du monde médical, qui continue à se faire arroser d’argent par Servier, pour des congrès, des partenariats… Quand on est capable d’accepter et de faire confiance à un partenaire qui est un criminel…"

Une promotion à la Légion d’honneur pour "une des pires lobbyistes de Servier"

Après avoir révélé et porté cette affaire, Irène Frachon se sent "encore obligée d’être là" pour faire avancer les choses. "Qu’est-ce que je fais là, moi, toute seule?, s’interroge-t-elle. Si nous ne sommes pas capables de montrer que nous savons faire la distinction entre une industrie pharmaceutique vertueuse, qui existe, et une industrie pharmaceutique qui a transgressé l’impensable, qui a vendu sciemment un poison, comment voulez-vous que la population fasse confiance aux autorités de santé, aux messages sanitaires, à la vaccination? (…) Ce n’est pas l’agence de sécurité qui pose problème. Elle a été condamnée, elle n’a pas fait appel et il y a des réformes en cours. Mais c’est l’ensemble du monde médical, les partenariats qui se nouent, les congrès sponsorisés par Servier… L’argent n’a pas d’odeur. Il y a des congrès qui se tiennent avec l’argent de Servier, alors que des milliers de victimes meurent d’insuffisance cardiaque. C’est ce qui est insupportable."

Irène Frachon a aussi été choquée par la remise de la Légion d’honneur à une figure du groupe Servier. "Comment se fait-il que, lundi dernier, une des pires lobbyistes de Servier, Madeleine Dubois, qui a protégé la commercialisation du Mediator en faisant pression sur Jean Marimbert, le patron de l’agence (de sécurité du médicament et des produits de santé), ait été décorée de la Légion d’honneur? Moi, je l’ai refusée, parce que Servier est Grand-croix de la Légion d’honneur", explique la pneumologue. Agée de 73 ans, Madeleine Dubois a été promu au grade d’officier le 1er janvier. Elle était devenue chevalier de la Légion d’honneur en 2003.

LP