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Raoult et la chloroquine: "La science se différencie de la magie parce qu’elle prouve", tacle Véran

Invité des "Grandes Gueules" sur RMC, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran est revenu ce lundi sur l'épidémie de Covid-19, notamment les dissensions entre le gouvernement et l'infectiologue Didier Raoult sur l'utilisation de l'hydroxychloroquine comme moyen de lutte contre le virus.

Deux ans après le début de l'épidémie de Covid-19, Olivier Véran fait le point. L'ancien ministre de la Santé se raconte dans un nouveau livre par le 8 septembre intitulé Au delà des vagues (éd. Robert Laffont). Au programme, notamment, la scission entre l'IHU de Marseille de Didier Raoult, promoteur de l'hydroxychloroquine comme outil de lutte contre le Covid-19, et nombre de ses pairs ainsi que le gouvernement.

Pour Olivier Véran, Didier Raoult a confondu science et magie, "qui parfois se rejoignent, mais souvent s’opposent": "La science elle met du temps, elle tâtonne, elle se plante. On a eu un vaccin dans des conditions extraordinaires, mais il a quand même fallu attendre un an", rappelle-t-il ce lundi sur le plateau des "Grandes Gueules". "Pendant ce temps, tout le monde a peur. Alors pour conjuguer la peur collectivement la magie peut apporter des solutions qui peuvent nous paraître rationnelles", ajoute l'actuel porte-parole du gouvernement.

"Le piège dans lequel on est tombé collectivement, c’est qu’on a considéré qu’une solution magique était une solution à tout, et valait une solution scientifique. J’aurais été le premier ravi si l’hydroxychloroquine avait sauvé des vies et empêché les gens de tomber malade. C’est une production française, une recherche française et ça ne coûte pas cher. Mais ce n’était pas le cas", explique Olivier Véran.

"Il a eu une conviction et l'a prise comme une preuve"

L'ex-ministre de la Santé déplore que Didier Raoult ait "brandi une amulette", assurant ne pas avoir besoin d’étude et se réfugiant derrière un argument d’autorité pour justifier l’utilisation de l’hydroxychloroquine pour soigner les malades du Covid-19, et parfois même prévenir l'apparition de la maladie.

Alors que Khaouter Ben Mohamed, présidente de l’association Marseille en Colère, soutient sur le plateau des "Grandes Gueules" que Didier Raoult a notamment soigné "plein d’élus", avec la chloroquine, Olivier Véran veut éviter tout mélange: "Vous prenez 100 patients soignés par chloroquine et 100 autres non-soignés par chloroquine, vous avez le même résultat. Dans 80% des cas, ils ne feront pas de fièvre ou très peu. Et dans 20% des cas, des gens feront un peu plus de formes symptomatiques".

"C'est comme si je vous disais que j’avais pris une tisane quand j’ai eu le Covid-19, que j’ai eu de la fièvre deux jours et que tout est passé. C’est formidable, mais c’est des statistiques. La science se différencie de la magie parce qu’elle prouve", explique Olivier Véran. Pour lui, Didier Raoult "a eu une conviction" et "avec sa hauteur de vue qu’il a sur lui-même, a pris cette conviction comme une preuve".

Une enquête ouverte contre l'IHU

Olivier Véran assure avoir communiqué avec Didier Raoult, notamment au début de la pandémie, estimant que l'IHU de Marseille était l'un des instituts les mieux armés pour lutter contre le Covid-19, saluant au passage la politique de tests de l'établissement.

Mais la pandémie de Covid-19 semble avoir eu raison de l'institut. Du moins de Didier Raoult. L'épidémiologiste est depuis visé par une enquête d'ampleur. Selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et son homologue pour l'enseignement supérieur et la recherche (IGESR) publié le 5 septembre dernier, de nombreuses dérives médicales, scientifiques mais aussi de management pouvant "relever d'une qualification pénale", auraient été constatés à l'IHU, durant tout le mandat de Didier Raoult.

Guillaume Dussourt