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Saturation des urgences: "Mme Buzyn ne voit pas que les gens meurent en salle d'attente"

Une septuagénaire est morte mardi aux urgences de Reims. Elle avait attendu 2h30 sur un brancard. Pour Christian Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes, l'Etat est responsable du manque de lits.

Une retraitée de 73 ans est décédée sur un brancard des urgences de Reims. La septuagénaire attendait d'être prise en charge depuis 2h30, son cas n'était pas jugé prioritaire. Selon le journal local l'Union, le fils de la retraitée décédée souhaite que justice soit faite autour des conditions de la mort de sa mère. Son avocat va déposer une requête auprès du tribunal administratif de Chalons ce vendredi matin pour qu'un expert soit nommé.

Christian Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France et invité de Bourdin Direct, la saturation des urgences n'est pas surprenante: "Nous avons en ce moment une augmentation d'activité, comme nous en avons périodiquement tous les hivers, mais l'hôpital fonctionne à flux tendu. Or c'est un non-sens en terme de gestion hospitalière un hôpital ne peut pas fonctionner à flux tendu. Nous devons avoir en permanence 20% de nos capacités disponibles en terme de lit".

"Les gouvernants nous disent qu'il faut fermer des lits"

Pour l'urgentiste, l'Etat est clairement responsable de la situation: "Les gouvernants et notre ministre actuelle nous disent qu'il faut fermer des lits. Mais nous, les professionnels de terrain, nous disons que la première cause de dysfonctionnement des urgences, ce sont les patients qui attendent un lit. Donc quand ils sont dans un box en attendant un lit, ceux qui arrivent restent à l'extérieur sans surveillance. Donc la direction de l'hôpital de Reims a une responsabilité".

Christian Prudhomme vise directement, la ministre de la Santé Agnès Buzyn: "Je compare la ministre actuelle à ses prédécesseurs. M. Mattei, en 2003, au bord de sa piscine, ne voyait pas qu'il y avait la canicule et que les urgences étaient débordées. Aujourd'hui, M. Buzyn ne voit pas que les urgences sont débordées et que les gens meurent sur des brancards en salle d'attente dans des conditions inadmissibles et inhumaines. Et ça ce n'est pas la faute des professionnels".

"J'espère que le fils de cette dame va porter plainte"

Il espère même un procès pour que chacun puisse prendre ses responsabilités: "J'espère que le fils de cette dame va porter plainte, qu'on aura un procès. Je suis prêt à aller témoigner pour dire qu'il y a des responsabilités institutionnelles que depuis des années nous dénonçons le manque de lits qui entrainent ces dysfonctionnements".

Et de dénoncer une situation qui perdure, partout en France: "Nous, les urgentistes, dénonçons ces problèmes depuis plusieurs années. Le nombre de services d'urgence en grève aujourd'hui est très important: Toulon, Dijon, Besançon –où une collègue a tenté de se suicider récemment-, Troyes, Lyon… Ça suffit!"

P.B.