RMC

Taxer les riches, la solution pour se relever après le Covid-19?

EXPLIQUEZ-NOUS - Plusieurs pays veulent augmenter les impôts des foyers les plus riches. Aux Etats-Unis, cela concernerait près de 500.000 foyers.

Pour lutter contre la crise du Covid, il y a la vaccination, mais aussi les hausses d’impôts. Un peu partout dans le monde, la question de taxer les plus riches, se pose. Et d’abord aux Etats-Unis.

Mercredi soir au Congrès, Joe Biden a donné le ton.

"Il est temps que les entreprises américaines et que les 1% d'Américains les plus riches commencent à payer leur juste part", a-t-il déclaré. Joe Biden veut augmenter les impôts des 500.000 foyers les plus riches d’Amérique, ça va toucher trois Américains sur 1000 qui vont voir leur taux d'imposition sur le capital passer de 20% à 40%.

D’autres pays vont emboîter le pas à Joe Biden. Certains l’ont déjà fait. L'Argentine a adopté, en décembre dernier, un impôt extraordinaire sur les grandes fortunes. Même chose en Bolivie, et en Nouvelle-Zélande.

En Europe, le Royaume-Uni a déjà prévu une hausse drastique de l’impôt sur les sociétés en 2023, après le retour de l’activité. Même l’Allemagne débat en ce moment d’un impôt sur la fortune et d’une hausse de l’impôt sur les successions.

Il faut dire que le FMI appelle à une taxation des ultra-riches pour répondre à la crise. Le fond monétaire international veut aussi plus d’impôt sur les successions et sur les bénéfices des entreprises. Et puis en juillet dernier, 83 millionnaires avaient appelé à être davantage taxés pour contribuer à la reprise.

Une année favorable pour les riches?

Il faut dire que cette année de crise a vidé les caisses des Etats, et creusé les inégalités. Pourtant, ça a aussi été une année en or pour les milliardaires. Elon Musk a quadruplé sa fortune. Les dix hommes les plus riches du monde ont gagné 540 milliards de dollars depuis mars 2020. Cette somme suffirait à vacciner l’ensemble de la population mondiale contre le Covid-19.

En France, c’est la même chose, la fortune des milliardaires français a augmenté de 40% depuis l’an dernier. La fortune de Bernard Arnault par exemple, le propriétaire de LVMH a presque doublé en un an. Il y a désormais 42 milliardaires français, c’est trois de plus que l’an dernier.

Pendant ce temps-là, un million de personnes ont basculé dans la pauvreté en France selon les associations. Certains appellent d’ailleurs le covid, le virus des inégalités.

Les multinationales vont aussi être mises à contribution. D’ailleurs, les Etats Unis là encore, ont relancé le projet d’un impôt minimum mondial sur les bénéfices des entreprises. C’est la fameuse taxe GAFA, qui n’avait aucune chance de passer avec Trump. Mais Joe Biden est pour et ça n’est pas rien. Ça marquerait la fin de quarante ans de concurrence fiscale sur la planète. Parce qu’avec cette taxe, plus possible de profiter des paradis fiscaux. Toutes les multinationales seraient concernées, pas seulement les géants du numériques.

Cet impôt sur les bénéfices des entreprises serait de 21% et l’objectif est d’arriver à un accord entre les pays de l’OCDE, d’ici la fin de l’été ou à l’automne. Mais ça ne sera pas simple.

Est-ce que la France va aussi augmenter les impôts des plus riches ?

Bruno le Maire, le ministre de l'Économie est très ferme sur la question. Ni hausse d’impôt sur les sociétés, ni sur les ménages. Pourtant le “quoi qu’il en coûte” coûte très cher.

>> A LIRE AUSSI - "Il n'y aura pas d'augmentation d’impôts tant que je serai ministre de l'Economie": Bruno Le Maire était sur RMC

Et puis les Français ont mis de côté 200 milliards d’euros pendant cette crise. Mais le ministre de l'Économie le rappelle, “nous avons le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé des pays développés, notamment sur les entreprises”. Donc pas question de l’augmenter, au contraire dit Bercy. Si les autres pays augmentent leur fiscalité, ça va rendre la France plus compétitive. 

Quoi qu’il en soit, presque 8 Français sur 10 pensent que le gouvernement n’est pas crédible quand il affirme qu’il n’y aura pas de hausse d’impôt. Et ils sont presque autant à être favorable à une taxe sur les hauts revenus.

Pourtant, la dette publique et le déficit de la France sont à des niveaux jamais vus depuis 1949, quand la France se relevait de la Seconde Guerre mondiale.

Bérengère Bocquillon