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Tension sur le marché du paracétamol: l’ANSM demande à limiter la vente en pharmacie

Le paracétamol va-t-il venir à manquer dans nos pharmacies ? Si le laboratoire UPSA assure qu'il n'y a pas de "risque de rupture", l’Agence nationale de sécurité du médicament demande depuis mercredi aux pharmaciens de limiter la vente de Doliprane et autres Efferalgan aux patients n’ayant pas d’ordonnance. Les stocks de beaucoup de pharmacies françaises s’amoindrissant depuis plusieurs semaines, le gendarme du médicament préfère anticiper pour passer l’hiver.

La tension grandit sur le paracétamol. En conséquence, depuis mercredi, l’Agence nationale du médicament recommande aux pharmaciens de ne vendre qu’un maximum de deux boîtes de médicaments à base de paracétamol par personne, sauf si le patient détient une ordonnance.

En cause, des difficultés d’approvisionnement qui sévissent depuis l’été, et qui touchent de nombreux pharmaciens français. Avec cette demande, l’ANSM souhaite "permettre aux patients qui ont un besoin immédiat de pouvoir bénéficier (de ce type de médicament)".

"Le problème dure depuis plusieurs semaines"

Derrière son comptoir, Philippe, pharmacien à Paris, fait partie de ces professionnels touchés par les tensions sur le paracétamol. Entre Doliprane, Dafalgan et Efferalgan, il ne dispose plus que d’une centaine de boîtes.

De plus en plus de pharmaciens français se retrouvent dans la même situation que Philippe. Comme il l’explique, le problème dure depuis “quand même plusieurs semaines. On a un peu de comprimés, mais tout ce qui est effervescent, gélules, c’est en tension. Il y a certaines marques qu’on n’a plus du tout, on reçoit au compte-gouttes et ça part très vite”.

Le constat de Philippe est partagé par Gilles Bonnefond, un autre pharmacien détenant une officine à Montélimar (Drôme).

"Il y a une rupture de stocks depuis 7-8 mois, sous toutes les formes, adultes et enfants. On pensait que le problème serait résolu cet été, mais il n'est pas réglé.(...)Tous les pharmaciens sont touchés. On passe un temps fou à en récupérer"

Selon lui, l’approvisionnement de médication à base de paracétamol est notamment difficile pour les formes pédiatriques. "C'est plus compliqué et tendu pour les formes des enfants : sirop, suppositoires et sachets", explique Gilles Bonnefond.

Ce dernier ajoute ne pas comprendre "pourquoi il n'y a pas de concentration des laboratoires sur les formes pédiatriques, on n'a pas d'explication rationnelle. Au contraire, ils disent depuis huit mois que cela s'arrange. Mais ce n'est pas le cas".

Une production française en 2023

Cette tension sur l’approvisionnement en paracétamol est la conséquence de la forte demande au niveau mondial, selon Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, invité de RMC ce vendredi.

Il regrette d’ailleurs un manque d'anticipation des pouvoirs publics. ”Nous dépendons du marché international pour cette molécule. Il y a une usine qui est en cours de construction mais elle n’est pas construite. Ce n’est pas acceptable qu’après deux ans de vie avec le Covid, nous n’ayons pas de solution”, dénonce Philippe Besset.

En effet, si ces médicaments sont fabriqués par des laboratoires français (Sanofi et Dafalgan), leur principe actif (la molécule, en somme) est importé d'Asie ou des Etats-Unis.

Pour le laboratoire UPSA, fabricant du Dafalgan et de l'Efferalgan, il n'y a toutefois pas de "risque de rupture du paracétamol". Par voie de communiqué, UPSA explique en effet que "la production industrielle a été optimisée pour permettre un approvisionnement continu de ces références sur l'ensemble u territoire".

De plus, "l'état actuel des stocks permet ainsi de garantir la complète disponibilité" des médicaments produits par le laboratoire, alors que l'UPSA "fait état de plus d'un mois de stocks disponibles en pharmacie en moyenne pour les marques Dafalgan et Efferalgan".

Enfin du côté de l’ANSM, on reconnaît que les tensions sur le paracétamol impactent les pharmaciens depuis le mois de juillet. Outre la limitation de deux boîtes par personne, l’agence invite aussi les Français à limiter la constitution de stocks à domicile afin d’éviter une réelle pénurie de paracétamol.

La situation devrait pouvoir s’apaiser au cours de l’année 2023, notamment grâce à la mise en route de la première usine française de production de paracétamol. Une demande qu’avait formulé Emmanuel Macron en juin 2020, au début de la crise Covid, qui avait mis en lumière la dépendance de la France vis-à-vis des importations de ce médicament dans l’Hexagone.

Nicolas Ropert, Alexis Lalemant