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"Un abandon des malades": le coup de gueule de Patrick Pelloux après les annonces d'Emmanuel Macron

Invité de la Matinale week-end de RMC, ce samedi, l'urgentiste Patrick Pelloux a critiqué "les incantations" d'Emmanuel Macron après son projet de réorganisation des hôpitaux et dénoncé "l'abandon des malades"

"Un épuisement personnel et collectif et un sentiment de perte de sens". Le diagnostic d'Emmanuel Macron lors de ses vœux au monde de la santé divise le personnel hospitalier. Invité de RMC, ce samedi, Patrick Pelloux a expliqué que ce diagnostic "n'est pas assez fort par rapport au drame qu'on vit au quotidien":

Il y a aujourd'hui "un désenchantement collectif et une déliquescence du service public hospitalier. Le soin pour les malades est laminé", estime Patrick Pelloux

"L'économie de la santé a tout emporté"

Pour le président de l'association des médecins urgentistes de France, "l'économie de la santé a tout emporté dont les valeurs humanistes du monde de la santé. On assiste à un abandon des malades."

"Vous habitez dans des lieux où vous vous êtes faits à l'idée qu'il n'y a plus de médecin, plus de kiné, plus d'infirmière. Que la seule alternative, c'est aller aux urgences où vous n'êtes finalement pas les bienvenue et qu'il fallait appeler le SAMU avant. C'est une société d'exclusion."

Patrick Pelloux estime que les annonces sur la réorganisation de l'hôpital ne sont pas nouvelles "Ça fait des années qu'on l'entend et il ne se passe rien."

"C'est comme si le président de la République demandait l'arrêt du réchauffement climatique. Ces incantations ne servent pas à grand-chose."

Parmi les propositions du chef de l'État, des groupes de travail pour trouver cette nouvelle organisation. Loin d'être une nouveauté pour l'urgentiste: "Il nous a resservi des groupes de travail dans lesquels il y a des gens présents depuis des années, qui sont un peu responsables, y compris des médecins, du chaos que nous connaissons."

"Une suradministration insupportable"

Il s'étonne aussi de l'arrêt de la tarification à l'acte alors que le budget 2023 de la santé vient d'être voté: "Que le 6 janvier on dise qu'on arrête la tarification à l'activité alors que les budgets pour l'année sont votés, ça veut dire quoi? Dès lundi on arrête les budgets? On arrête les plans de rééquilibrage financiers des hôpitaux qui crééent des fermetures de lit? C'est flou ce qu'il dit."

Patrick Pelloux dénonce aussi la "sur-administration" et la "sur-informatisation" de l'hôpital qui fait perdre du temps au médecin pour voir des patients:

"Le problème, c'est qu'au cours des dernières années, on a 20 à 30% de notre temps à remplir des paperasses sur des systèmes informatiques qui ne fonctionnent pas forcément. On perd de l'énergie dans cette sur-administration insupportable. C'est du temps où on pourrait voir des malades. L'informatique a tout complexifié. On va plus vite avec le papier et le crayon"

L'urgentiste estime qu'il "n'y a pas eu d'annonce, de grand choc. Tout ce qui est annoncé là, on l'a déjà et ça ne fonctionne pas".

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC