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Urgences: les Français abusent-ils du système? Ca fait débat sur RMC

Après trois mois de grève dans les services d’urgences, une manifestation nationale est prévue jeudi à Paris. Les médecins se disent à bout de souffle. A l’hôpital Laribiosière, certains ont choisi de se mettre en arrêt maladie pour protester, réclamant plus d’effectifs et de meilleurs salaires.

54 mesures et un objectif: désengorger les services d’urgence des hôpitaux. Agnès Buzyn l’a reconnu dès son arrivée au ministère, la "situation n’est plus tenable". En 20 ans, la fréquentation des urgences a été multipliée par deux. 10 millions de patients en 1996 et près de 21 millions en 2016.

En cause, l’expansion des déserts médicaux, les médecins de ville chez qui il est parfois difficile d’obtenir un rendez-vous dans la journée et le comportement des Français qui ont pris l’habitude de se rendre directement à l’hôpital pour une simple grippe. 

"Les patients, ils vont là où il pense trouver la solution s’il y a une urgence ressentie. Il y a trois à quatre patients sur 10 qui pourraient être pris en charge par une autre structure, à condition que cette structure existe, soit organisée, soit filialisée. Ce patient-là peut peut-être bénéficier d’un patient de ville, d’une structure de soins non-programmés, ou attendre son médecin traitant. On est victime de notre succès parce qu’on répond à ce besoin de santé. S’ils avaient d’autres alternatives qui répondent à ce besoin, peut-être qu’ils le prendraient", explique Agnès Ricard-Hibon présidente de la société française de médecine d’urgence.

Le projet de loi Santé prévoit de doubler le nombre d’hôpitaux de proximité, de 250 à 500. Des hôpitaux mieux adaptés aux soins du quotidien, dans lesquels les médecins de ville pourraient intervenir. 

400 médecins généralistes dans les déserts médicaux

Les généralistes seraient aussi incités financièrement à prendre plus de patients et à s’organiser en communauté pour la prise de rendez-vous. Un numéro de téléphone et un site Internet unique. Pour en finir avec les situations dramatiques que peut rencontrer Wilfrid Sammut, praticien aux urgences du CHU de Versailles

"Non seulement, on n’arrive pas à traiter les patients urgents, mais les patients tout-venants ça devient aussi à s’empiler un peu. C’est des douleurs thoraciques qui traînent parce qu’aucun médecin n’a répondu dans la journée pour rassurer le patient ou proposer un diagnostic tout bête. C’est de la fièvre, sauf que quand vous avez de la fièvre depuis cinq jours et que vous n’arrivez pas à trouver un médecin, au début ça n’a pas d’incidence, mais à force de la laisser traîner, là ça devient une urgence. C’est la double difficulté, les urgences sont noyées là-dedans", affirme le praticien.

Le gouvernement a également promis de déployer 400 médecins généralistes dans les déserts médicaux et de recruter des assistants pour soulager les médecins dans leur emploi du temps.

Matthieu Rouault avec Guillaume Descours