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"Je vais au travail avec la boule au ventre": à Créteil, des infirmières épuisées par le manque d'effectif aux urgences

Ce mercredi, 80 services d'urgences sont en grève selon le collectif InterUrgences, 50 services d'urgences selon la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Au service des urgences de l'hôpital Henri Mondor à Créteil, le personnel soignant est épuisé.

Les urgences sont à bout de souffle. Depuis mi-avril, de nombreux services d'urgences parisiens sont en grève illimitée. Une manifestation est prévue à Paris jeudi, à 13H30 à Montparnasse, à l'initiative du collectif InterUrgences.

Au service des urgences Henri Mondor à Créteil, on en grève depuis le 25 avril dernier. Le personnel soignant est épuisé. Entre 2012 et 2018, il y a 23% de passages en plus. Il y a eu quelques embauches, mais il manque toujours quatre postes d'infirmiers. Résultat dans les couloirs, les patients attendent parfois des heures avant d'être pris en charge.

Entre deux consultations, Anaïs jette un œil aux patients en salle d'attente. Sur un brancard, un homme immobile l'inquiète, elle vérifie son état. Débordée, Anaïs est en permanence rongée par la peur.

"J'ai peur de pas assurer, de perdre son diplôme parce que des erreurs, c'est humain, ça arrive. On est chaque jour alpaguée de 10 missions en même temps et on n’a pas en face des ordinateurs ou des machines. En face de nous, ce sont des êtres humains. Je viens des fois avec la boule au ventre", explique-t-elle.

En grève pour la première fois

En sous-effectif, les soignants n'ont pas toujours le temps de manger, ni même d'aller aux toilettes. Sa collègue, Sophie, ne dort plus. "On en peut plus, on a mal partout. Le corps va lâcher", affirme-t-elle. Pour la première fois, en 15 ans de carrière, elle fait grève.

"Une personne qui nous demande un bassin, ou un verre d’eau. Je leur dis j’arrive, mais sans le vouloir on va faire autre chose. Et puis on va revenir deux heures après. Où commence la maltraitance? Pour moi, elle commence là. Et on ne peut être fier de soi quand on rentre à la maison et qu’on a travaillé comme ça", ajoute-t-elle. 

Les deux infirmières préparent leurs banderoles pour aller manifester jeudi. Elles n'excluent pas de se mettre comme certains collègues en arrêt maladie si elles ne sont pas entendues par la ministre de la Santé.

Laura Taouchanov avec Guillaume Descours