RMC

Vacciner 20 millions de personnes d'ici mai: pourquoi l'objectif de Jean Castex s'annonce difficile à tenir?

Le Premier ministre a annoncé son souhait de vacciner 20 millions de personnes d'ici la mi-mai. Mais le gouvernement pourrait se heurter à quelques obstacles de taille, alors que la campagne connaît déjà quelques retards.

Le gouvernement veut donner un second souffle à la campagne de vaccination. Jeudi à l’occasion d’une conférence de presse, Jean Castex a annoncé que les pharmacies auraient accès aux vaccins à partir de la semaine du 15 mars. De quoi accélérer encore un peu plus la vaccination, après l'accès des vaccins aux médecins de ville.

L’objectif Avoir vacciné d’ici la mi-mai "au moins 20 millions de personnes", alors qu’on recense au 3 mars 3,2 millions de personnes ayant reçu une première dose et 1,7 million les deux injections, selon VaccinTracker.

Mais quelles sont les possibilités de tenir ce pari alors que le gouvernement accuse déjà du retard? Dans son plan initial, l'exécutif assurait vouloir avoir vacciné 4 millions de personnes à la fin du mois de février. Pari raté donc, après deux mois de campagne de vaccination.

Et il faut désormais viser la lune en vaccinant 16,8 millions de personnes en deux mois et demi seulement: "Il y a des difficultés à obtenir ces vaccins dans l’ensemble des pays du monde, alors tenons déjà notre pari de vacciner ceux qui ont besoin de manière urgente du vaccin", tempère sur RMC le Professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d'immunologie et maladies infectieuses à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne) et spécialiste des vaccins à la Haute Autorité de santé. 

Car le mystère demeure sur la capacité de l'exécutif à obtenir assez de doses que s'arrachent tous les pays du monde: "On ne peut pas complètement blâmer le gouvernement qui n’est pas responsable de la production des vaccins. On est aussi dépendant de l’Union européenne", ajoute le Professeur Jean-Daniel Lelièvre, qui estime que le retard de vaccination d ela France n'est du qu'à un manque de dose et non à une mauvaise gestion de la campagne.

>> A LIRE AUSSI - Covid-19: comment Paris et l'Ile-de-France ont échappé au confinement le week-end (pour le moment)?

"Pour rendre les vaccins obligatoires, il faut avoir assez de doses et être sûr de leur efficacité"

"Pour desserrer l’étau, il faut soulager les hôpitaux. Dans les pays qui ont vacciné de manière assez large comme le Royaume-Uni ou Israël, cet effet est en train de se produire. On est incapables pour le moment parce qu’on n’a pas eu de vaccins pour le faire. Le Royaume-Uni a pu parce qu’il produit AstraZeneca et Israël parce qu’ils ont passé un accord avec Pfizer", assure le praticien.

Mais en France la méfiance demeure. Si le grand public a fini par accepter la vaccination, de nombreux soignants, pourtant déjà éligibles, refusent de se faire vacciner par le vaccin britannique AstraZeneca.

Et le gouvernement pourrait envisager de hausser le ton car seules 25% des doses disponibles ont été utilisées pour l'instant: "Pour rendre les vaccins obligatoires, il faut avoir assez de doses et être sûr de leur efficacité. On est sûr de leur efficacité pour prévenir la maladie mais il faut encore et beaucoup de pédagogie", rappelle Jean-Daniel Lelièvre.

En attendant, le gouvernement prévoit encore 4 à 6 semaines de restrictions sanitaires. Le temps de finir de vacciner la population des Ehpad où 80% des résidents et environ 40% des soignants ont reçu au moins une dose de sérum. Le temps également de renforcer la couverture vaccinale dans les départements les plus touchés.

>> A LIRE AUSSI - Covid-19: voici la liste des 23 départements concernés par une "surveillance renforcée"

Guillaume Dussourt