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Vers une nouvelle taxe sur le tabac? "Il faut que toute l’Europe soit au même prix"

Stables depuis presque deux ans, les prix du tabac pourraient connaître une nouvelle hausse. Si on est divisé sur le sujet dans les rangs de la majorité, les syndicats de buralistes estiment que cela n'aurait pas d'impact sur la consommation. Et donc sur la santé publique.

Le gouvernement envisage une nouvelle taxe sur les prix du tabac, qui ferait passer le paquet à 11 euros et celui du tabac à rouler à 15 euros. Une nouvelle taxe qui fait débat au sein même de la majorité présidentielle: l’hiver s’annonce rude avec les hausses des prix du gaz et de l’électricité alors augmenter le paquet, c'est s'exposer à une hausse du mécontentement. Et malgré les augmentations du prix du paquet, le nombre de fumeurs reste stable selon Santé Publique France.

Mais pour l’économiste Pierre Rondeau, cela reste une bonne idée, alors que les gains fiscaux liés au tabac représentent 16 milliards d’euros. "Le coût social du tabac a été estimé à 120 milliards d’euros par an. Cela coûte cher, le tabac. Il est faux de croire que parce que je paie, je finance la sécurité sociale", explique ce vendredi sur le plateau d'"Estelle Midi", sur RMC et RMC Story, celui qui se revendique "fumeur épisodique". "Cela me gênera et cela gênera les fumeurs. Il y aura un temps d’adaptation mais les fumeurs ne s’arrêteront pas", ajoute Pierre Rondeau.

Pas d'harmonisation européenne des prix

Autre problème, l’absence d’harmonisation entre la France et ses voisins. "Il faut que toute l’Europe soit au même prix. C’est ça le sujet. Je suis buraliste dans les Pyrénées-Atlantiques, à 45 minutes de la frontière espagnole, le paquet que je vends le plus c’est un paquet à 5 euros", explique Philippe Coy, le président de la Confédération des buralistes.

"Il peut y avoir des contraintes fiscales, on peut les comprendre mais il ne faut pas déséquilibrer un marché fragile. Depuis 15 ans, l’outil fiscal est utilisé et malheureusement, on a juste vu une augmentation du marché parallèle", déplore le buraliste.

Un marché parallèle en plein essor

Un marché noir qui aurait progressé de 100% ces derniers mois et qui se professionnalise. "Samedi, on a démantelé une véritable usine en région parisienne avec 28 machines destinées à fabriquer des cigarettes de contrefaçon. Il ne faut pas précipiter un nouvel outil fiscal qui serait de nature à pousser les plus précaires à l’achat illicite hors réseau légal", alerte Philippe Coy.

"Nous avons poussé les consommateurs à s’approvisionner illégalement sur le marché secondaire, à la sortie du métro ou sur internet. Tout cela est illégal et je ne voudrais pas que cela devienne demain, un usage dans la consommation du tabac. Le trafic était anecdotique il y a 20 ans, c’est une réalité aujourd’hui qui corrompt la santé publique", ajoute le buraliste.

La dernière hausse des prix du tabac remonte à novembre 2020. Cette même année, selon Santé publique France, 31,8% des 18-75 ans se revendiquait comme fumeur, soit environ 15 millions de personnes. Pour 75.000 décès annuels.

Guillaume Dussourt