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Sud-Est: coup de filet dans la criminalité organisée des déchets

La déchetterie de Saint-Martin de Crau a été victime d'un incendie en novembre 2021.

La déchetterie de Saint-Martin de Crau a été victime d'un incendie en novembre 2021. - BFM Marseille Provence

Le parquet de Marseille a annoncé jeudi que cinq personnes et six entreprises avaient été mises en examen dans une affaire de trafic de déchets dans le Sud-Est. Plus de 26.000 tonnes de déchets auraient été exportées illégalement en cinq mois, fait l'objet d'enfouissements sauvages ou été incendiés.

Déchetteries remplies à ras-bord jusqu'à l'incendie, exportation illégale de tonnes d'ordures... La justice a frappé la criminalité organisée des déchets dans le Sud-Est en procédant à 11 mises en examen, a-t-on appris jeudi auprès du parquet de Marseille.

Mardi et mercredi, cinq personnes physiques ont été mises en examen "des chefs de gestion, transport, exportation et abandon irréguliers de déchets en bande organisée, escroquerie en bande organisée et infractions à la réglementation", a détaillé le parquet. Deux d'entre eux ont été placés en détention provisoire. Six entreprises ont aussi été mises en examen en tant que personnes morales. Les cinq mis en examen doivent aussi répondre de l'exploitation irrégulière d'une installation classée (déchetterie) et de destruction par incendie, a ajouté le parquet de Marseille.

Les investigations ont permis de mettre en évidence plusieurs irrégularités, notamment au regard des volumes stockés.

En effet, le point de départ de l'enquête est l'incendie survenu en août 2020 dans une déchetterie à Milhaud, dans le Gard, gérée par la société Benne 30. "Les investigations ont permis de mettre en évidence plusieurs irrégularités, notamment au regard des volumes stockés", a expliqué le parquet. Après l'incendie, et ce malgré une mise en demeure du préfet de réduire le volume de ses déchets, la société "avait poursuivi son activité en réceptionnant de nouveaux déchets".

Des tonnes de déchets envoyés en Espagne

D'après le parquet de Marseille, plus de 26.000 tonnes de déchets auraient été exportés illégalement entre octobre 2020 et février 2021 par cette société, notamment en Espagne, tandis que certains déchets "auraient pu faire l'objet d'enfouissements sauvages".

"Plusieurs sites de stockage, des hangars loués devenus des hangars remplis de déchets, exploités pour y stocker des déchets par l'intermédiaire de plusieurs autres sociétés, ont été découverts dans le Gard, les Bouches-du-Rhône, la Drôme et le Vaucluse", décrit le parquet, parlant de conditions "irrégulières en raison du volume et de la nature des déchets".

Un incendie responsable d'une grave pollution de l'air

L'enquête vise notamment un incendie récent, qui avait mobilisé élus et militants au début de l'année: celui du centre de tri de la société Recyclage concept 13, à Saint-Chamas, près de Marseille. Cet incendie, qui a duré plus d'un mois, avait provoqué une pollution de l'air digne de celle de Pékin, selon l'organisme de surveillance de la qualité de l'air Atmosud, provoquant la colère des habitants et des élus.

En mars, Richard Hardouin, président de France nature environnement dans les Bouches-du-Rhône, avait dénoncé un "système mafieux", assurant que ces sociétés "n'ont aucune intention de respecter la loi: ça casserait leur modèle économique qui est d'acheter des déchets à bas prix pour ensuite les enfouir au lieu de les trier et les valoriser".

RMC avec AFP