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La grève chez Total et Exxon partie pour durer? "Le produit ne reviendra pas tout de suite"

La situation se tend sur le front de l'essence. Les files d'attentes s'allongent devant les stations-service alors que 30% d'entre elles connaissent des difficultés d'approvisionnement, en raison de la grève dans les raffineries de TotalEnergies et ExxonMobil. Et même si la grève devait prendre fin rapidement, la situation ne s'améliorerait pas immédiatement.

La galère continue pour les automobilistes. Alors que trois raffineries de pétrole sur six sont à l'arrêt en raison de la grève chez TotalEnergies et ExxonMobil, 30% des stations-service connaissent des difficultés. Ce lundi sur RMC, Emmanuel Lépine, le responsable de la branche pétrole à la CGT, a confirmé la poursuite de la grève.

Les salariés des deux compagnies pétrolières réclament des augmentations de salaires alors que TotalEnergies et ExxonMobil font des bénéfices record en pleine crise énergétique: "Le salaire de base d’un opérateur est constitué de primes, dues en partie au rythme de travail, aux 3x8 et au travail les dimanches et jours fériés. Ces primes ne sont pas comptabilisées pour la retraite", rappelle ce lundi sur le plateau des "Grandes Gueules", Olivier, employé de Total Energies sur le site de la Mède, dans les Bouches-du-Rhône, en grève depuis la semaine dernière.

Olivier assure gagner sans les primes moins de 3.000 euros par mois. Selon Total Energies, "la rémunération mensuelle moyenne d’un opérateur de raffinerie en 2022 est de 5000 euros, intéressement participation comprise". Et sans ces deux primes, elle est de 4.300 euros par mois.

"On ne peut pas tout mettre sur le dos des salariés"

Ces mêmes salariés ont bénéficié d’une augmentation moyenne des salaires de 3,5%, loin de l’inflation à 5,4% environ et surtout loin du salaire de Patrick Pouyanné, le PDG de Total, qui s’est augmenté de 52% en 2021 pour culminer à 6 millions d’euros par an.

Insuffisant cependant pour justifier la grève selon Joëlle Dago-Serry. "Il y a une ambiance de chaos", s'inquiète la coach de vie sur RMC et RMC Story. "Les grévistes aujourd'hui sont irresponsables, ce n'est pas le moment de faire une telle grève alors que des négociations sont en cours. Ils font des grèves préventives. Normalement, ça doit venir en réponse", estime-t-elle.

Pour l'avocat Charles Consigny, "cette grève préventive est un concept français et ce n'est pas acceptable", de la part de salariés bien payés, estime-t-il. "Mais on ne peut pas tout mettre sur le dos des salariés. Total, qui fait des profits considérables, doit être particulièrement à l'écoute de ses salariés, surtout s'ils ont des conditions de travail compliquées".

"Le produit ne reviendra pas tout de suite"

"Nous, les négociations salariales ont eu lieu. La grève se fait parce que les salariés ne sont pas satisfaits de l’offre. On a eu 5,5% d’augmentation pour l’année prochaine et des primes, explique aux "Grandes Gueules" David, chef-opérateur chez ExxonMobil en Seine-Maritime et qui ne fait pas grève. "Faire du préventif, je ne suis pas spécialement pour, je préfère des négociations et un discours social un peu plus responsable", ajoute David.

Et la situation ne devrait pas s'arranger de sitôt. Si Elisabeth Borne promet que la situation va s'améliorer tout au long de la semaine, David explique que même si la grève s'arrêtait ce lundi, la situation ne reviendrait pas à la normale avant au moins une semaine: "Il n'y a pas énormément de discussions entre la direction et les syndicats. L'usine est complètement à l'arrêt. Pour la redémarrer, cela va prendre un peu de temps. Même si la grève s’arrête aujourd’hui, le produit ne reviendra pas tout de suite", prévient-il.

G.D.