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Primes pour les salariés non-grévistes: "Que la SNCF les retire sinon on ira au tribunal et on la fera condamner", affirme un syndicaliste CGT

Ces sommes ont été ou vont être versées avec les paies du mois de janvier par la SNCF aux salariés non-grévistes, pour récompenser "le professionnalisme, l'implication, et la grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève ayant débuté le 5 décembre 2019".

Alors que certains grévistes de la SNCF ont reçu une fiche de paye à zéro euro pour le mois de janvier, d'autres ont reçu 300 à 1500 euros de prime pour ne pas avoir fait grève. C'est ce que dénoncent les syndicats, la CGT Cheminots et Sud Rail notamment, qui accusent l'entreprise publique de "pratique illégale et discriminatoire" pour gratifier les non-grévistes.

Ces sommes ont été ou vont être versées avec les paies du mois de janvier par la SNCF aux salariés non-grévistes, pour récompenser "le professionnalisme, l'implication, et la grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève ayant débuté le 5 décembre 2019". 

Ces gratifications exceptionnelles sont l'initiative de directeurs locaux ou régionaux, et non de la direction générale et nationale de la SNCF, qui assume néanmoins "totalement" le versement de ces primes par les managers les ayant décidés.

Béreger Cernon de la CGT Cheminots dénonce le double discours de la SNCF.

"Faire la pleureuse et expliquer qu’il va falloir vendre des actifs parce qu’il n’y a plus de sous dans les caisses et le mois suivant, annoncer fièrement que l’on va verser des primes à un certain nombre de cheminots", indique-t-il. 

Des primes discriminantes ? 

La SNCF dit assumer totalement le versement de ces primes. Une mesure pointée comme illégale par Bérenger Cernon. "C’est soit elle verse ces primes à tout le monde parce qu’il y a de l’argent, soit elle retire ces primes sinon on ira au tribunal et on la fera condamner", explique-t-il.

D'après le code du travail, l'exercice du droit de grève ne peut donner lieu à aucune mesure discriminatoire. Et selon Frédéric Cazet, avocat spécialisé en droit du travail, ces primes sont bien discriminantes.

"Si ce qu’on donne au non-gréviste, c’est le paiement du travail non-fait par les grévistes, c’est très gênant. Les non-grévistes n’ont occupé que leur poste normalement. Ils ne sont pas censés avoir occupé le travail des grévistes qui n’étaient pas là et qui avaient le droit de ne pas être là. C’est véritablement une mesure anti-grève", affirme-t-il. 

De son côté, la SNCF explique que les salariés concernés ont été payés plus parce qu'ils ont travaillé plus.

Valentine Rault avec Guillaume Descours