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Radars mobiles confiés aux sociétés privées: "C'est pas comme ça que les chauffards lèveront le pied"

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Pour "alléger" le travail des policiers, le ministre de l'Intérieur veut externaliser les contrôles routiers en les déléguant à des sociétés privées. Aux yeux de Dominique, policier motocycliste entre 1993 et 2015 en Ille-et-Vilaine, cette sous-traitance sera sans effet sur les excès de vitesse.

Dominique conduisait une moto de police avec un radar embarqué. Jusqu'en 2015, quand il a intégré le bureau du syndicat Unité SGP Police FO.

"Pendant vingt ans, j'ai conduit une moto de police ultralight avec radar embarqué à Rennes et à Vannes. A la base, ces missions de contrôle de vitesse étaient essentiellement dédiées aux motocyclistes de la police, à hauteur de 80 ou 90%. Comme tout ce qui est relatif à la sécurité routière: contrôle d'alcoolémie, patrouilles, etc...

Quand quelqu'un se faisait contrôler par des policiers sur le bord de la route, jusqu'ici, il se faisait arrêter ou interpeller immédiatement. Avec les radars embarqués, c'est certes moins le cas, mais les policiers gardaient cette mission de pédagogie.

"La peur du gendarme existe encore"

Avec cette privatisation de ces appareils, les policiers motocyclistes perdent une de leurs prérogatives. C'est dramatique, on perd le domaine de la prévention. Vous pourrez désormais traverser la France en excès de vitesse, vous ne serez pas arrêtés, vous ne croiserez pas de policier sur le bord de la route. Car ces sociétés privées n'ont pas vocation à interpeller les délits routiers. Vous recevrez le PV 15 jours plus tard chez vous. La force de la dissuasion ne sera pas la même.

L'argument selon lequel ces voitures civiles auront un effet dissuasif, parce que les conducteurs craindront à tout moment de se faire flasher, ne tient pas. On a déjà des voitures banalisées, des 508, des Dacia… C'est pas pour autant que les chauffards lèvent le pied.

En revanche, la peur du gendarme sur le bord de la route existe encore. C'est une évidence.

"On privatise la sécurité routière"

On privatise de plus en plus la sécurité routière. J'entends le ministre dire que ce sera forfaitaire. Qu'il n'y aura pas de prime s'ils mettent de plus en plus plus d'amende. Mais comment le ministère va-t-il négocier ces contrats? Si une société fournit 30.000 PV par mois, et une autre 40.000, je voudrais être certain que le ministère ne va pas se détourner vers celle qui en propose le plus…

"Si on systématise le radar embarqué, c'est parce que ça coûte moins cher."

Nous avons une inquiétude vis-à-vis de la perte de cette prérogative. Les escortes de convois exceptionnels ont connu le même sort. C'était des missions de gendarmes, de CRS ou de police nationale urbaine jusqu'à ce qu'on externalise cette notion. Aujourd'hui, ce sont des motocyclistes civils de sociétés privées qui escortent les convois hors norme. Or, les automobilistes ne sont pas toujours très "obéissants". Et ces motards n'ont pas l'autorité qu'a la police.

"Supprimer plutôt les tâches indues de la police"

La police va perdre du terrain. On a une vague de terrorisme et c'est louable de vouloir libérer des heures de travail à des agents, mais on ne peut pas passer à côté de la sécurité routière. 

Au lieu de supprimer de vraies missions de police que sont celles liées à la sécurité routière, je pense qu'on aurait pu d'abord supprimer les tâches indues des policiers: les extractions, qui sont des missions dévouées à la justice, les procurations pendant les élections, ou l'accompagnement de détenus malades. Si un détenu tombe malade, deux fonctionnaires de police sont obligés de l'amener à l'hôpital, et s'ils le gardent en soins prolongés, les fonctionnaires de police sont affectés 24h/24 devant sa chambre!

La société qui décrochera ce contrat finira par faire faire plus d'heures à ses conducteurs. Tôt ou tard, je suis convaincu qu'on parlera de l'exploitation de ces chauffeurs privés."

Propos recueillis par Paul Conge