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RATP: la prime contre l'absentéisme provoque la colère des employés et des syndicats

450€ pour inciter au présentéisme et faire face à la pénurie de chauffeurs. La prime annoncée par la RATP pour lutter contre les absences des salariés provoque de vives réactions chez les employés et les syndicats du groupe, alors que les conditions d’allocation de cet incitatif frisent l’illégalité.

Pour lutter contre l'absentéisme des chauffeurs de bus franciliens et autres machinistes du groupe, la RATP a annoncé la mise en place d’une prime de 450€ pour la fin d’année 2022. Les conducteurs pourront donc recevoir jusqu'à 450€ après trois mois consécutifs de travail mais attention, un jour d'absence et une partie de cette prime pourra être supprimée.

Concrètement, la prime se décompose ainsi : les machinistes vont toucher 100€ après leur premier mois de présence continue, 150€ le mois suivant et 200€ le dernier mois, pour une période allant d'octobre à décembre.

Cette bonification ne tombe pas du ciel par hasard : la RATP tente d'enrayer les graves problèmes d'absentéisme qui empêchent le service de fonctionner normalement en Île-de-France depuis plusieurs mois maintenant. Par exemple, en septembre dernier, 25 % des services prévus n’ont pas été assurés, soit chaque jour un millier de bus qui auraient dû normalement circuler et qui sont restés au dépôt.

De sévères conditions d’annulation

Alors, si l’idée d’un incitatif de 450€ peut en séduire plus d’un à l’approche des fêtes de fin d’année, les syndicats dénoncent une prime discriminatoire à cause des conditions permettant à la RATP d’annuler la gratification.

Franck, un auditeur d’Apolline Matin et machiniste à la RATP, a d’ailleurs pu donner davantage de détails sur ces règles entourant l’obtention de la prime de présentéisme. Selon un document interne en sa possession, les conditions d’annulation sont nombreuses et même étonnantes.

Selon ce document, la RATP se donne le droit de révoquer cette prime pour des motifs comme une absence sans solde, un arrêt maladie, un accident du travail, une absence pour enfant malade, une agression subie ou encore pour un jour de grève.

À l’instar de Franck, Nadia, une chauffeuse de bus de la RATP, s’oppose aussi à cette prime jugée discriminante.

“Même si je viens travailler tous les jours, mais qu’il y a un cas de force majeure avec un enfant à emmener chez le médecin, on n’a plus cette prime. De par ma position de femme et de maman surtout, je n’ai pratiquement pas de chance de toucher la prime”, déplore la chauffeuse de bus.

Pire, en incitant les chauffeurs à venir à tout prix, cette prime met en danger les usagers estime El Ouajdi, un autre chauffeur de la RATP. Il explique que pour obtenir cette prime, il risque un jour de venir au travail “épuisé, mais je vais venir quand même et peut être commettre l’irréparable. Un bus qui transporte une centaine de personnes, ce n’est pas rien”.

Les syndicats vent debout contre la prime

Si les employés de la RATP accueillent cette prime plutôt froidement, les syndicats du groupe de transports dénoncent aussi une provocation de la direction, à l’aube d’une arrivée de Jean Castex, l’ancien Premier ministre français, à la tête de la compagnie.

Invité de l’émission Apolline Matin sur RMC et RMC Story, Arole Lamasse, secrétaire général de l’UNSA RATP, dénonce une “prime de la honte”.

“Dès qu’il y a une prime qui se fait en dehors de toute discussion, en dehors de tout dialogue social qui doit être un moteur dans une entreprise, je dis qu’il y a anguille sous roche et c’est ce qu’il se passe aujourd’hui. Cette prime sera un échec, ça ne résoudra pas ce que l’on constate aujourd’hui, avec des bus où on a de plus en plus de temps d’attente pour nos clients voyageurs qui sont excédés”

Se demandant si cette prime est toute à fait légale, Arole Lamasse estime surtout qu’un retour à la table des discussions est inévitable pour ne pas tomber dans l’impasse.

Du côté de la CGT - RATP, le son de cloche est similaire. Ahmed Berrahal, élu du syndicat, pense que la prime ne pourra pas enrayer la pénurie de chauffeurs. “Le machiniste, ce qu’il veut, ce n’est pas cette prime. Ce qu’il veut, c’est une vraie augmentation de salaire”, avance-t-il.

Les syndicats de la RATP (la CGT, Force ouvrière, Solidaires, La Base et l'Union nationale des syndicats autonomes) appellent à un mouvement de grève le jeudi 10 novembre prochain.

Martin Cadoret, Alexis Lalemant