RMC

Vu de Suisse, le débat à 11 candidats "fait café du commerce et pas très élection présidentielle"

Les onze candidats à l'élection présidentielle avant le Grand débat

Les onze candidats à l'élection présidentielle avant le Grand débat - Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP

En France, on s'est longtemps interrogé de la pertinence de faire un débat entre les onze candidats à l'élection présidentielle. Finalement celui-ci a eu lieu ce mardi soir sur RMC et BFMTV. Une bonne chose car, malgré "une impression de saturation", cela a permis aux "petits" candidats de s'exprimer et "à certains candidats d'oser jeter des paves dans la mare" estime Richard Werly, correspondant à Paris pour le quotidien suisse Le Temps.

Richard Werly, correspondant à Paris pour le quotidien suisse Le Temps:

"En tant que téléspectateur, j'ai trouvé que le débat était très confus. C'était assez cacophonique. On voyait bien que certains candidats, notamment les principaux, s'ennuyaient ferme et que les autres, les petits, tentaient à tout prix d'exister. La première impression, franchement, n'est donc pas très bonne. Mais, après coup, je me suis dit que ce débat a eu un mérite: cela a permis à certains candidats d'oser jeter des paves dans la mare. J'ai appelé ça "la présidentielle des sans-culottes" et sans doute étaient-ils les seuls à pouvoir le faire.

Plus précisément, à mes yeux, la seule vertu de ce débat télévisé à onze candidats est qu'il a permis le coup d'éclat. Un coup d'éclat utilisé par Philippe Poutou quand il a parlé des affaires en s'adressant directement et vertement à François Fillon. Un coup d'éclat qu'il a aussi utilisé pour dire qu'il n'avait pas d'immunité ouvrière. Nathalie Arthaud a fait la même chose. Nicolas Dupont-Aignan a interpellé directement Emmanuel Macron sur la banque Rothschild. Tout ça fait très 'café du commerce' et pas très 'élection présidentielle' mais, après tout, c'est la réalité que l'on entend quand on est correspondant étranger et que l'on se promène en France aujourd'hui.

"Une impression de saturation"

Je pense qu'il y a une contradiction, et cette élection présidentielle est placée sous le signe de cette contradiction: celle des primaires. Si l'on prend un pays comme les Etats-Unis, in fine, la logique des primaires de droite et de gauche est de clarifier la situation: on arrive à n'avoir plus que deux candidats. On pourrait penser qu'en France, pays où il y a trois-quatre forces politiques majeures, on arrive à quatre candidats. En réalité, d'un côté, il y a une multiplication des confrontations à l'occasion des primaires de la droite, de la gauche et même des écolos. Et, de l'autre, à nouveau une confrontation à onze. Ce qui donne une impression de saturation.

Cependant, je ne pense pas que le problème vienne des parrainages. Ceux-ci permettent de faire un tri pour un premier tour 'animé', avec des figures anecdotiques comme Jacques Cheminade. Pour moi, le problème vient des primaires. On se retrouve dans une situation de trop-plein de confrontations. On a l'impression que la campagne dure depuis six mois pour, au final, arriver à ce genre de débat, avec des gens qui, le jour de l'élection, ne totaliseront peut-être que 0,5% des voix. A mon avis, la contradiction est là. Le spectacle politique, la capacité pour les petits d'interpeller les grands a une vertu. Mais le faire maintenant, en bout de course, avec toute cette antériorité, peut engendrer de la fatigue, un ras-le-bol chez les électeurs.

"Les petits candidats sont des mines posées sur le chemin des grands candidats"

Même s'il a été moins suivi que le premier, ce débat a été regardé par les Suisses car ils attendaient tous la confrontation. Ils voulaient voir si Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, ou François Asselineau oseraient dézinguer les grands candidats. C'est une curiosité qui n'est pas politique: les Suisses n'attendent rien des petits candidats. Ce qu'ils attendent d'eux, c'est le clash, la capacité à remettre les grands candidats en place, à les confronter et à leur rappeler que l'égalité est un sacro-saint principe français.

L'intérêt politique des téléspectateurs suisses vient du risque de faux pas des grands candidats. Personne ne s'attend à ce qu'ils perdent des plumes électorales lors de ce genre de débat sauf s'ils font un faux pas, sauf s'ils sont interpellés, sauf s'ils butent sur une interprétation, une formulation malencontreuse. Les petits candidats sont donc des mines posées sur le chemin des grands candidats. Ça peut toujours exploser… Donc ça entretient le suspense.

"La personnalité, le défi des petits candidats qui intéressent"

Je pense que, en Suisse, personne n'attend un programme de la part des petits candidats. En ce qui concerne Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, en trois phrases, on a compris ce qu'ils voulaient. Mais pour les autres, qui aujourd'hui peut dire qu'il a compris le programme de Jean Lassalle ou de Jacques Cheminade? En réalité, c'est plutôt la personnalité, le défi de ces petits candidats qui intéressent. Ce qui, je pense, correspond au côté Astérix des Français: il faut que le petit, à un moment donné, puisse dire au grand qu'il n'est pas plus important que lui. Ce côté-là plaît aussi aux Suisses malgré les longueurs du débat.

Pour conclure, je ne vois pas pourquoi que le système permettant à une dizaine de candidats de se présenter serait remis en cause. Il a l'air de plaire aux Français, personne ne s'en plaint. L'élément nouveau est la multiplication des débats télévisés et, au regard de ce que j'ai vu hier, je pense qu'un seul débat entre tous les candidats suffit."

Propos recueillis par Maxime Ricard