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Etes-vous prêt à voyager dans un avion… sans pilote?

L’avenir de l’aviation civile passe peut-être aussi, comme avec les drones pour l’armée de l’air, par des avions sans pilote. Les explications d’Anthony Morel.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Peut-être plus pour longtemps... L’avion de ligne de demain sera une sorte de drone avec des passagers. Des centaines de passagers mais plus personne dans le cockpit ! Tous les industriels, Airbus, Boeing, Thalès, réfléchissent sérieusement à la question. Airbus, par exemple, a déjà réalisé plus de 500 vols d’essai sans pilote. Des startups aussi, comme Xwing, qui a réalisé le premier vol d’un avion classique, entièrement autonome, du roulage au retour au hangar, sans aucune intervention humaine... Il y avait quand même un pilote de sécurité à bord, mais qui ne touchait à rien, le tout surveillé depuis un poste de commandement au sol. Ce sont des logiciels, de l’IA couplée à des capteurs, des caméras, des lidars, qui s’occupent de tout. Et notamment du décollage et de l’atterrissage, parce que dans un avion de ligne aujourd’hui, tout le reste est déjà automatisé. Ce système pourrait être intégré dans les avions existants.

C’est contre-intuitif, mais ces avions sans pilote seraient plus sûrs que ceux d’aujourd’hui. Les erreurs de pilotage sont à l’origine de 80% des accidents. On supprime donc tout risque de défaillance du pilote en l’air, comme le drame de la Germanwings où un pilote avait foncé volontairement dans une montagne… Avant ça, il faudra quand même que l’IA soit capable de réagir par exemple avec autant de maîtrise que Sully, le pilote qui avait réalisé l’amerrissage catastrophe sur la rivière Hudson. Mais pour beaucoup d’experts de l’aéronautique, l’arrivée de l’avion autonome est une révolution comparable à l’apparition du moteur à réaction.

Un "pilotage" au sol

Qui serait prêt à monter dans un avion sans pilote ? La barrière psychologique est énorme, même si 6 Français sur 10 se disent prêts à voler dans un avion sans pilote au cours de leur vie. Le mot clé étant "au cours de leur vie". Tout ça va prendre des années: ces technologies vont d’abord servir pour le fret, le transport de marchandises, pour lequel le seuil psychologique est plus acceptable. Et puis ça va se faire par étapes. La première, c’est de supprimer le poste de copilote, d’avoir un seul pilote dans l’avion. Dans les années 80, grâce à la technologie, on est passé de trois à deux, et ça avait été un débat considérable. Là, on passerait de deux à un, et ensuite à zéro. Sachant que ces avions autonomes seraient supervisés par un commandant de bord qui, lui, est situé au sol. Il a exactement les mêmes commandes que s’il était en l’air. Grâce à des caméras, il voit par les "yeux" de l’avion, qui est bardé de capteurs qui lui permettent de détecter la présence d’autres avions, de reconnaître les différents types de nuages pour éviter les tempêtes. Et en cas de problème, il peut prendre la main sur les commandes. Derrière, il y a quand même aussi les risques de sécurité informatique: que se passe-t-il si quelqu’un parvient à hacker la connexion entre l’avion et le pilote au sol ?

Une pénurie de pilotes dans les prochaines années

Sans pilote dans l’avion, est-ce que ça veut dire que les billets seraient moins chers ? Tout dépend de la manière dont les compagnies aériennes répercuteront cette baisse de coût. Mais ce qui est sûr, c’est que pour les compagnies aériennes, l’enjeu est aussi de faire de grosses économies… Le salaire des pilotes, c’est ce qui coûte le plus cher. Une étude menée par une grande banque chiffre à 35 milliards d’euros par an les économies que réaliseraient les compagnies aériennes en se passant des pilotes. Mais il faut aussi savoir qu’on se prépare à une pénurie de pilotes dans les années qui viennent. Le trafic aérien va doubler dans les 20 ans qui viennent et on va avoir besoin sur cette période de 650.000 nouveaux pilotes. Les écoles ne peuvent plus suivre. Le passage à un puis zéro pilote dans l’avion, avec un commandant au sol capable de superviser plusieurs avions, est probablement le sens de l’histoire…

Anthony Morel