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France Télécom: "Certaines années, près de 30 suicides étaient constatés"

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Neuf ans après les premières plaintes, un procès devrait bien avoir lieu dans l'affaire des suicides à France Télécom.

Les juges d'instruction ont ordonné un procès pour "harcèlement moral" visant France Telecom et son ancien patron Didier Lombard mis en cause pour une vaste politique visant à "déstabiliser les salariés".

Conformément aux réquisitions du parquet de Paris, six autres dirigeants et cadres ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris.

Selon les syndicats et la direction, 35 salariés s'étaient donnés la mort en 2008 et 2009. A l'époque, le groupe voulait supprimer 22.000 postes entre 2006 et 2008 et procéder à 10.000 changements de métier, dans le cadre de son plan de réorganisation.

"Le mal-être était général"

Sébastien Crozier est le président du Syndicat CFE-CGC Orange qui s'est porté partie civile. Il estime que le management a tellement fait pression que certains ont craqué.

"Il y avait très clairement sous l’ère Lombard, une volonté d’organiser cette violence sociale par ce qu’on a appelé, des mobilités forcées, des mobilités fonctionnelles, des mobilités géographiques pour forcer le personnel à prendre sa retraite, à choisir de retourner dans la fonction publique, à démissionner. Le mal-être était général. Certaines années, près de 30 suicides étaient constatés".

"Le message qui est envoyé c’est que ce n’est pas si grave d’organiser la souffrance"

Raphael est le fils de Rémy un salarié de France Télécom qui s'est donné la mort en septembre 2011 à Mérignac sur son lieu de travail. Pour lui, la qualification des faits, harcèlement moral, est insuffisante.

"Ce n’est pas suffisant parce qu’on avait aussi porté plainte pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui. Ils risquent quelque chose a minima et le message qui est envoyé c’est que ce n’est pas si grave d’organiser la souffrance voire même de pousser à la mort plusieurs dizaines de personnes. C’est pas grave, c’est que du harcèlement moral. J’ai perdu mon père en 2011. Il s’est immolé par le feu devant son lieu de travail. Le problème c’est que le temps de la justice est tellement long qu’il permet à des gens qui sont responsables de ça de faire durer la procédure et de faire que le sujet s’oublie".
Laurent Saigre (avec C.P.)