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Jeux d'argent en ligne: quels sont les signes qui alertent d'une addiction?

DOCUMENT RMC - La présidente de l'ANJ appelle les opérateurs de paris sportifs a encadrer les joueurs alors que l'activité a explosé en 2020.

Cela fait plusieurs mois désormais que Nicolas, 18 ans, étudiant en histoire fréquente régulièrement les sites de paris en ligne : "Je les ai connus via les réseaux sociaux, ou via mes amis qui jouaient avant que j’y joue, donc forcément les deux cumulés, cela a attiré ma curiosité, et donc au fur et à mesure je m’y suis inscrit". Grand amateur de foot, Nicolas parie notamment lorsqu’il y a des matches de Ligue des Champions : "Je ne dépasse jamais 5 ou 10 euros de mises, donc je sais que c’est pour le fun, contrairement à des amis à moi qui le voient comme un investissement on va dire et qui parient des centaines d’euros, je ne suis pas de ce côté-là encore".

Et avec le confinement, les jeux d’argent en ligne ont enregistré +22% de chiffre d'affaires en 2020, soit 1,7 milliard d'euros engrangé dans le secteur, selon les l'Autorité nationale des jeux. C'est le niveau le plus haut depuis l'ouverture à la concurrence il y a 10 ans.

Les parieurs sont des hommes, plutôt jeunes, un tiers d'entre eux à entre 18 et 24 ans. Pour l’addictologue Sami Sergent, ils jouent pour deux types de raisons, avec un risque d’engrenage: "Cela peut être des jeunes qui ont des fortes émotions, et qui veulent les décharger brutalement, donc le jeu permet de défouler ces émotions. Cela peut être aussi des jeunes qui veulent gagner rapidement leur vie, le risque c’est de développer des addictions face à ces comportements là et qu’ils n’arrivent à résoudre leurs difficultés qu’en jouant". D’autres spécialistes craignent que cette pratique concerne très rapidement les ados, ceux qui ont entre 15 et 17 ans.

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"Les opérateurs de pari sportif jouent à fond la carte de la culture urbaine"

"Toute l’activité de jeux en ligne, poker, paris hippiques et sportifs, croit à un rythme remarquable qui ne conduit pas nécessairement à de l’addiction", tempère Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'Autorité nationale des jeux. "Dans la plupart des cas, le joueur qui joue en ligne, joue de façon récréative. Mais statistiquement, on sait que le pari attire plus d’addictions". 

Et quelques signes doivent alerter en cas de comportement à risque: "Le signe d’alerte, c'est quand on n'est plus capable de maîtriser le jeu. Vous ne pensez plus qu'au jeu, vous ne faites plus que jouer, vous ne voyez plus personne à part ceux avec qui vous jouez. Si en plus vous développez une d’irritabilité, et une nervosité excessive, ce sont des indicateurs qui montrent que là, il y a un problème".

"Les opérateurs de paris sportifs jouent à fond la carte de la culture urbaine qui devient une culture dominante dans l'univers médiatique. Les opérateurs utilisent ces codes pour stimuler une activité de jeu. La publicité est le levier qui permet aux opérateurs de se distinguer les uns les autres. Nous avons fait passer un message d’alerte aux opérateurs en disant 'Attention, vous avez des responsabilités auprès des joueurs et proposer des modérateurs de jeu et les assister", explique Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'Autorité nationale des jeux.

Les mises engagées en 2020 sur les compétitions sportives atteignent 5,3 milliards d’euros (+7%), soit le montant de mise le plus élevé généré sur une année depuis l’ouverture à la concurrence en 2010. Les paris hippiques en ligne ont progressé de 33% par rapport à 2019, et totalisent des enjeux d’1,5 milliard d’euros, ce qui correspond au volume de mises le plus important engagé en ligne sur une année.

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Jean-Wilfried Forquès avec Guillaume Dussourt