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Procès des suicides à France Télécom: "La seule issue pour mon père a été de s'immoler par le feu sur son lieu de travail"

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Dix ans après la vague de suicides à France Télécom, le procès de ses ex-dirigeants, dont son ancien patron Didier Lombard, démarre lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. C'est la première fois qu'une entreprise du CAC 40 est jugée pour "harcèlement moral".

Tout commence à la fin des années 2000: France Télécom, devenu Orange, prend le virage de la privatisation et des nouvelles technologies. Une transformation qui passe par notamment 22.000 suppressions de postes appelée le plan NEXT.

Pour les juges d'instruction la manière dont il est conduit pose problème: "incitations répétées au départ", mobilités "forcées", "isolement": selon les juges tout a été fait pour "créer un climat professionnel anxiogène". Ils s'appuient sur les cas de 39 victimes: 19 salariés se sont suicidés, 12 ont tenté de le faire et 8 ont connu la dépression ou un arrêt de travail.

"Une violence permanente, vicieuse, perverse"

Raphaël est le fils d'une de ces victimes. Il avait 22 ans quand son père s'est suicidé sur son lieu de travail à Mérignac près de Bordeaux. Poussé à bout par des méthodes de management invivables pendant les 5 dernières années de sa carrière, après un plan de réorganisation massif:

"C'est une violence qui est permanente, vicieuse, perverse. On l'a changé de poste plusieurs fois sans raison à des postes qui ne correspondaient pas à ses compétences. Ce que ça veut dire, c'est que ce qu'il faisait, ça n'avait pas beaucoup de valeur. Ce qui s'est passé dans le cas de mon père, c'est que quand il a tenté de candidater à l'extérieur, on a bloqué sa candidature. Au final toutes les issues se referment et au final, la seule chose qui reste, c'est de s'immoler par le feu sur son lieu de travail".

"La seule chose que j'attends, c'est qu'ils aillent en prison"

Ce cadre de 56 ans l'avait écrit dans une lettre à sa direction deux ans plus tôt. Un appel à l'aide resté sans réponse après plus de 30 ans de carrière : "Si ce que voulaient les dirigeants et les managers de France Télécom, ce n'était pas de pousser les gens au suicide, ils auraient lu un courrier comme ça et arrêté ce qu'ils faisaient, or ils ont continué"

Le fils de Rémy Louvradoux espère donc des peines exemplaires: "Je n'attends pas particulièrement qu'ils changent et qu'ils deviennent des êtres humains. J'attends de les voir en difficulté, forcés de reconnaître ce qu'ils ont fait. La seule chose que j'attends, c'est qu'ils aillent en prison".

Les prévenus risquent jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende.

Nicolas Traino et Gwladys Laffitte avec Paulina Benavente