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Un contrat aidé sur deux non-renouvelé: "J'ai 57 ans, c'est notre seule façon de trouver du travail"

Le Premier ministre Edouard Philippe.

Le Premier ministre Edouard Philippe. - AFP

Jugés trop coûteux par l'exécutif, près de la moitié des contrats aidés risquent de ne pas être renouvelés. Très dépendantes de ces systèmes d'aide à l'emploi, les collectivités et les associations risquent d'en pâtir. Christiane, 57 ans, en contrat aidé Albi, voit son avenir et celui de son association se noircir. Elle témoigne pour RMC.fr.

Christine est longtemps restée sans emploi. A 57 ans, cette Tarbaise s'alarme de la fin possible de son contrat aidé qui court jusqu'en octobre, et qui l'avait sortie du chômage.

"Après être restée pendant trois ans et demi à Tarbes (65) à y chercher du travail sans en trouver, j'ai bougé de région plusieurs fois. J'ai fini par rejoindre une association d'aide humanitaire à Albi (81), qui ne fonctionne qu'avec des contrats aidés et des bénévoles.

"Si on ferme, on ne pourra plus aider les personnes précaires"

Maintenant, notre avenir est en suspens. On ne sait pas si nos contrats aidés seront renouvelés. Si ces contrats s'arrêtent, il faudra 4.500 euros en plus par mois à nos employeurs pour nous payer. Dans l'état actuel des choses, ils n'ont pas les moyens d'embaucher des personnes en contrat normal, CDD ou CDI. Et travailler seulement avec des bénévoles, ce n'est pas possible. Ils seront obligés de fermer.

On fait de la ramasse dans les supermarchés. On ouvre deux fois par semaine sur Albi. On récupère beaucoup de produits qui arrivent à date de péremption. Là par exemple, je viens de prendre des yaourts qui expirent le 24 août. Au lieu de les faire payer plein pot - 4 euros - on les vend 25 centimes. Le plus souvent à des personnes âgées, des personnes seules, avec des enfants ou dans des situations précaires, qui viennent vers nous.

On nous laisse sur le carreau, alors que les gens sont contents de ce qu'on fait. Je suis d'un naturel optimiste, je donne ma joie de vivre aux personnes. Les gens disent qu'ils sont contents qu'on soit là, parce qu'on a le sourire. On va faire quoi maintenant? Qu'est-ce qu'on va leur dire?

"Est-ce que le gouvernement a déjà été dans la galère?"

J'entends que c'est le gouvernement qui veut agir. Mais est-ce que, au gouvernement, ils ont déjà été dans la galère avec 400 euros par mois et rien à manger? Avec des associations comme la nôtre, on aide au moins des gens dans l'embarras, en difficulté. Je suis très en colère. Ce sont toujours les personnes en situation de précarité qui trinquent.

Madame Pénicaud (ministre du Travail) affirme que les contrats aidés ne changent rien au chômage, mais c'est faux! Je gagne 800 euros par mois grâce à mon contrat aidé. Moi j'ai 57 ans. A cet âge-là, plus personne ne veut plus nous prendre. Dès qu'on a dépassé la trentaine, on n'est plus bon à rien. C'est notre seule façon de trouver du travail. S'ils ne veulent plus donner de contrats aidés, ils n'ont qu'à mettre la retraite à 50 ans."

Propos recueillis par Paul Conge