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Violences à Air France: "Quelqu'un a crié 'à poil' et ça a dérapé…"

RMC a recueilli ce mardi le témoignage d'Éric Piotrowski, salarié d'Air France cargo, qui était présent au moment du CCE d'Air France qui a dérapé, lundi 5 octobre. Un de ses amis est encore en garde à vue ce matin. Il l'assure : la situation peut encore déraper.

Environ 150 personnes, dont le numéro un du PCF Pierre Laurent, étaient réunies ce lundi devant l'entrée de l'activité cargo d’Air France à Roissy, en solidarité avec les six salariés placés en garde en vue dans l'enquête sur les violences de la semaine dernière. Cinq sont toujours dans les locaux de la police ce mardi matin. L'un d'entre eux s'appelle Pascal, il est âgé de 54 ans. RMC a reçu ce mardi matin un de ses amis : Éric Piotrowski, salarié de Air France cargo, qui a lui-même fait partie des salariés qui ont investi le CCE (Comité central d'entreprise) de la compagnie en marge duquel deux cadres ont été violentés.

"Il y a eu bousculade, mais il n'y a pas eu de violences"

Pour Éric Piotrowski, les salariés gardés à vue ne méritent pas ce traitement. "Pascal on le voit, il est vrai, sur les images de télé, mais rien de plus, déclare-t-il. Je n'ai pas vu de coups partir". Si les deux cadres se sont retrouvés sans chemise, c'est parce que "dans un mouvement quelqu'un a crié 'à poil'", explique Éric Piotrowski. Il répète: "Il y a eu bousculade, oui, mais il n'y a pas eu de violences".

Pour lui, "la vraie raison des débordements, la vraie violence, c'est la violence sociale qu'on subit au cargo depuis 10 ans. La violence de nos patrons qui nous harcèlent, la réduction des emplois... Je travaille dans une branche sinistrée. Depuis 2006 on a perdu 1.300 emplois. Dans mon service, nous étions 300, nous ne sommes plus que 24. Nous avions 12 cargos, il n'y en a plus que deux".

"Les gens n'en peuvent plus"

C'est pour tout cela qu'il refuse de condamner les débordements. "On peut condamner des actes de violence et compatir à la détresse sociale. Les gens n'en peuvent plus. Nous avons du sang Air France, alors que les gens qui nous dirigent sont des gens de passage nommés par le gouvernement". Éric Piotrowski regrette par ailleurs le manque de soutien des politiques, "qui ont toujours des choses à dire, mais qui ne connaissent pas notre vie".

Il l'assure : "ça peut encore déraper". Les salariés d'Air France ne digèrent pas "le fait de mettre des agents en garde à vue au saut du lit ou après le boulot". "Pascal terminait sa nuit de travail avant d'être arrêté, et ça a dû être éprouvant pour lui".

Philippe Gril avec JJ. Bourdin