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Wonder Woman: "Oui, on peut être féministe en costume sexy"

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Wonder Woman débarque ce mercredi dans les salles obscures. Héroïne guerrière imaginée par un psychologue progressiste, l'héroïne a été rabaissée à un rôle plus frivole dans les années 50. La Wonder Woman version 2017 est-elle féministe? Éléments de réponse avec Hélène Breda, chercheuse en sciences de l'information et de la communication.

Hélène Breda est chercheuse en sciences de l'information et de la communication.

"Wonder Woman a été créé par un intellectuel universitaire très progressiste qui l'a vraiment conçue comme une héroïne féministe avec des valeurs de prise de pouvoir de la femme. Dans les années 50, il y a eu un regain du puritanisme qui a fait qu'elle a perdu ces caractéristiques pour devenir une femme frivole, davantage objet de désir. C'est aussi un problème très récurrent dans la pop culture de la représentation des femmes fortes. On peut penser à Lara Croft ou à la princesse Leïa. Ce sont des femmes fortes qui vont être faites de manière à exciter un certain fantasme masculin de la guerrière. C'est une façon de lui faire perdre ce pouvoir que d'en faire un objet de désir.

Ce qui est compliqué avec Wonder Woman comme avec les personnages de comics qui existent depuis les années 40, c'est qu'il y a eu plein d'auteurs, pleins de contextes socio-culturels différents, ce qui fait qu'elle a une représentation très contradictoire. Le film est réalisé par une femme, ce qui est notable et très important. Apparemment, le film a été pensé comme féministe pour que les filles puissent s'identifier. Je pense qu'il y a cette volonté dans ce film.

Et oui, on peut être féministe en costume sexy! C'est une problématique qui traverse absolument tout le féminisme lié au corps des femmes et à la question de l''empowerment' des femmes par leur corps. Tout dépend de qui la met en scène. Le fait que ce soit fait par une femme, ça peut faire espérer que le traitement est différent que quand ce sont des hommes qui conçoivent et mettent scène des femmes dans des attirails sexys et qui les filment de manière à satisfaire un regard masculin désirant.

Tout est une question d'intention: si le costume qu'elle choisit la fait se sentir forte parce que c'est une façon d'exprimer sa force, son pouvoir, ce n'est pas du tout la même chose que si elle est réduite à un état d'objet.

Ce sont les mêmes problématiques avec les chanteuses et les mannequins qu'on fait s'habiller de manière très sexy, alors que derrière ce sont des hommes qui sont aux manettes pour vendre des objets. Et ce n'est pas la même chose que quand c'est une femme qui décide de se mettre en scène, y compris dans des tenues sexys ou des poses lascives.

"Il reste énormément de boulot dans l'industrie du cinéma"

On est en ce moment dans un féminisme de troisième vague. On peut donc espérer que ce film s'inscrive dans des revendications de ce type de féminisme et donc d'une réappropriation de ce personnage. Et j'ai cru comprendre que c'était la vocation de sa réalisatrice. Après, il reste énormément de boulot, car dans l'industrie du cinéma, les choses ne vont pas changer du jour au lendemain. Je pense qu'on peut déjà saluer l'initiative.

En tout cas, c'est très important en terme de représentation. Par exemple, l'an dernier pour Ghostbusters avec 4 personnages féminins principaux, ils avaient fait des affiches avec le personnage secondaire masculin au centre.

Après on peut tomber dans le syndrome Lara Croft, qui est un personnage ambigu: c'est une femme active, forte mais aussi un gros fantasme masculin. Il y a toujours ce risque d'accaparement par les hommes. Ils ne s'intéressent pas à elle pour son côté actif du personnage mais vont la ramener à un objet de désir.

Mais on peut espérer que Wonder Woman fasse pencher la balance du côté du 'role model' (modèle à suivre, NDR). C'est assez intéressant de voir les petites filles déguisées en Wonder Woman. Ce sont des enfants qui mettent le costume parce qu'elles veulent être courageuses, fortes. C'est important!"

Propos recueillis par Paulina Benavente