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"Emmanuel Macron a fait une erreur en affirmant que la France ne déboulonnerait pas de statue", estime l'historien Nicolas Offenstad

Le président de la République a indiqué que la France n'effacerait "aucun nom ou aucune trace de son Histoire".

Depuis plusieurs semaines, des monuments historiques sont la cible de dégradations sur fond de polémique sur la traite coloniale et esclavagiste. Ainsi la statue de Colbert à Paris à été taguée, tout comme une du Général de Gaulle. 

Des actions qui ne se limitent d’ailleurs pas qu’à la France. En effet, en Grande-Bretagne ou encore aux Etats-Unis, des statues et monuments ont également été dégradée, et même pour certaines déboulonnées. Pour l’historien, Nicolas Offenstad, spécialiste des questions de mémoire, cela prouve que c’est une mouvance internationale. 

“Ce qui est très intéressant, c’est que ce n’est pas seulement Français. Il y a des statues qui sont tombées à San Francisco, en Angleterre, il y a des débats en Espagne, en Italie… Donc ce qui est intéressant, c’est de d’abord la dimension internationale. Il y a un vrai mouvement d’interrogation sur le passé. Le vandalisme est une action militante, mais sur le fond oui je pense que des nouvelles générations se disent quel passé de la France on a envie de voir valorisé. C’est un débat qu’on peut avoir, les statuts ne font que changer”, indique-t-il. 

Une unité spéciale pour protéger les monuments historiques aux Etats-Unis

Alors que la contestation est forte, le président de la République, Emmanuel Macron, a coupé court et a assuré dans un discours que la France ne déboulonnerait "pas de statues" et n'effacerait "aucun nom ou aucune trace de son Histoire". Mais selon Nicolas Offenstad, Emmanuel Macron s’est mal exprimé. 

“C’est quelqu’un de malin qui a une bonne connaissance des questions historiques. Mais il a confondu deux choses. Il a confondu l’histoire de France avec les débats contemporains sur la mémoire. Et il faut préciser les choses. L’histoire, c’est un récit qui est fait par les historiens qui est raconté à l’école, dans les lycées. Ca, c’est un récit qui est relativement stable et qu’on essaye de rendre le plus sérieux et le plus objectif possible. Et puis il y a la mémoire. C’est la façon dont nous vivons l’histoire au présent. Et ça, c’est une question de débat public et on peut évidemment y toucher. Les statues n’ont jamais cessé d’être déboulonnées dans l’histoire, les noms de rues changent tous les jours. Et c’est ça la confusion qu’à fait le président de la République”, estime-t-il. 

Face à la multiplications des actes de vandalisme contre des statues, le ministère de l’Intérieur américain a annoncé la création d’une unité spéciale pour protéger les monuments historiques. De son côté le ministre de l’Intérieur français, Christophe Castaner a martelé "très fermement" que "dégrader ou casser une statue" était "un délit" et était "illégal". "Des enquêtes sont systématiquement ouvertes pour retrouver et traduire en justice les auteurs de ces actes", a-t-il précisé jeudi lors du baptême de la 126e promotion d'officiers de la gendarmerie à Melun.

Guillaume Decours