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Emplois fictifs: "Bon nombre de parlementaires européens français pratiquaient la même chose"

Alors qu'une vingtaine d’élus de tous bords, dont la ministre des affaires européennes Marielle de Sarnez, sont visés par une enquête préliminaire du parquet de Paris pour des soupçons d'emplois fictifs d’assistants parlementaires, l'ancien député européen Karim Zéribi confirme l'existence de telles pratiques.

Mis en cause par le FN pour d'éventuels emplois fictifs d'assistants au Parlement européen, 19 eurodéputés font l'objet d'une enquête pour abus de confiance, dont la ministre Marielle de Sarnez qui a porté plainte pour "dénonciation calomnieuse" à une dizaine de jours des législatives. Cette contre-attaque du FN est intervenue alors que le parti frontiste et sa présidente Marine Le Pen sont eux-mêmes soupçonnés d'avoir eu recours à des emplois fictifs d'assistants au Parlement européen. Sophie Montel, l'eurodéputée à l'origine du signalement, a reconnu que cumuler des fonctions politiques et d'assistants parlementaires n'avait "rien d'illégal" mais que ces signalements s'imposaient car "nous n'acceptons pas le deux poids deux mesures".

Ce mercredi, la Grande Gueule Karim Zéribi ne dit pas autre chose: "La justice ne peut être crédible que s'il y a une égalité des traitements. Aujourd'hui, la justice française a un problème de crédibilité aux yeux des citoyens parce qu'on a le sentiment qu'il n'y a pas d'égalité de traitement. La justice a ouvert une enquête sur les députés du FN qui ont commis des pratiques inacceptables d'emplois fictifs au Parlement européen mais en réalité, en tant qu'ancien député européen (de 2012 à 2014, NDLR), je peux vous garantir que bon nombre de parlementaires européens français, de tous bords, pratiquaient de la même manière. Il faut donc qu'on arrête de se raconter des histoires".

"Ils n'œuvrent pas sur les questions européennes comme leur contrat le stipule"

"Ces personnes sont référencées à Bruxelles comme assistant parlementaire mais, en réalité, elles sont soit au parti, soit sur le terrain politique national. En tout cas, ils ne travaillent pas, ils n'œuvrent pas sur les questions européennes comme leur contrat le stipule pourtant, affirme-t-il encore. Il peut y avoir des dérogations sur un temps donné mais il n'en demeure pas moins que la personne a un contrat d'assistant parlementaire et qu'elle doit donc rendre des comptes à Bruxelles. Or, il y a des gens qui n'y vont quasiment jamais".

Pour Karim Zéribi, ces dérives s'expliquent parce que "les charges sociales d'un salarié sous le droit belge sont plus intéressantes. Il est donc préférable pour le parti de détacher un assistant parlementaire à Bruxelles plutôt qu'en circonscription". C'est pour cela qu'il insiste: "La crédibilité de la justice passe par l'égalité de traitement". "On peut trouver dégueulasse la délation de Sophie Montel mais en l'occurrence j'attends de la justice française qu'elle soit dans l'égalité de traitement et non dans l'instrumentalisation politique. Cela veut dire que lorsqu'on a deux cas similaires on doit ouvrir des enquêtes sur les deux cas".

Maxime Ricard avec Les Grandes Gueules