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"La Chine est moins perdante": pour Pascal Boniface, le coronavirus peut signer la fin de la domination occidentale

La pandémie du covid-19 pourrait illustrer concrètement et marquer durablement la fin de la domination du monde occidental, pourtant déjà actée depuis une vingtaine d'années estime Pascal Boniface.

La pandémie de Covid-19 pourrait être déterminante pour l’avenir de la planète. Déjà à l'origine d'une grave crise économique, elle illustrerait symboliquement la fin de la domination, déjà mise à mal, du monde occidental, estime Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de "Géopolitique du Covid-19".

Car si la pandémie de Coronavirus trouve sa source en Chine, l’Empire du Milieu pourrait finalement s’en sortir gagnant ou en tout cas, "moins perdant", alors qu’une croissance proche de zéro est annoncée dans le pays, un chiffre qui pourrait s’avérer extraordinaire par rapport à ce qui attend les autres économies. Et une Chine en forme face à un rival américain exsangue serait un premier signe de la fin d’un modèle en place depuis 1945.

"Le rattrapage chinois des Etats-Unis s’est poursuivi et s’est renforcé pendant cette crise. La rivalité sino-américaine on la connaissait déjà, mais elle est apparue avec une clarté éventuelle et limpide", assure Pascal Boniface.

Une rivalité exacerbée par la pandémie de Coronavirus alors que l’épidémie semble terminée en Chine tandis que les Etats-Unis n’arrivent pas à s’en sortir après avoir enregistré ce vendredi un nombre record de nouveaux cas.

"Les Américains ont déserté le champ international là ou les Chinois sont de plus en plus présents", explique le directeur de l'IRIS. Et la crise pourrait avoir raison de l’avenir de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, le président qui s’était engagé dans une guerre commerciale ouverte avec la Chine.

Pour autant, Pascal Boniface estime qu’une défaite de Donald Trump aux élections américaines de novembre ne serait pas une victoire pour la Chine:

"Trump est l’adversaire idéal pour la Chine. Il déserte le champ international, il quitte l’OMS et la Chine en profite, notamment en Afrique (…) La campagne électorale entre Biden et Trump sera remportée par celui qui aura le plus de capacités à contre la Chine", analyse Pascal Boniface.

"Depuis 20, 30 ans le monde occidental n’est plus dominant"

Et si les pandémies du passé mettaient des années à s'établir, celle-ci s'est installée en quatre mois et demi seulement sur la planète, confinant quatre milliards et demi de personnes en même temps au mois d’avril. Cette pandémie serait donc l’illustration concrète de la fin du modèle occidental, alors que l'Afrique, le continent le plus pauvre, s'en sort pour l'instant mieux que l'Europe et l'Amérique notamment:

"Le monde occidental a dominé pendant cinq siècles. Mais depuis 20, 30 ans il n’est plus dominant. Il est toujours aussi riche et puissant mais il n’en a plus le monopole et tout le monde ne s’en est pas rendu compte. On voit qu’il y a d’autres modèles qui sont aussi performants et le fait qu’on puisse imposer ceux du monde occidental est désormais contesté. On n’a pas pris au sérieux la pandémie parce qu’on s’estimait au-dessus des autres et on l’a payé en raison d’un retard à l’allumage", estime Pascal Boniface.

Dans cette guerre sino-américaine, l'Europe semble pouvoir s'en sortir en s'étant affichée unie après un début de gestion de crise nationale seulement:

"Les premières réactions européennes ont été nationales. Puis il y a eu une prise de conscience. La clé, c’est l’intervention française et le fait que l’Allemagne a basculé, plus par intelligence que par générosité. Ils ont compris que si l’Italie, l’Espagne et le Portugal étaient en faillite, les producteurs allemands allaient subir la crise. Ils ont mis fin à deux tabous, les 3% de déficit parce qu’il fallait un plan immédiat puis la mise en place d’une dette commune", explique Pascal Boniface.

L'Union européenne devra se présenter unie face à ses rivaux économiques alors que le FMI a déjà prédit une récession mondiale historique, avec un recul de la croissance estimé à 3% en 2020.

Guillaume Dussourt