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"Le communiqué de Pfizer tient plus du communiqué boursier": faut-il vraiment vacciner les 5-12 ans ?

Faut-il interdire l’accès à l’école des enfants dont les parents refusent les tests contre la Covid ?

Faut-il interdire l’accès à l’école des enfants dont les parents refusent les tests contre la Covid ? - AFP

Les laboratoires Pfizer\/BioNTech l'assurent, leur vaccin est efficace chez les plus jeunes. Mais la vaccination des 5-11 ans, peu touchés par des formes graves de Covid-19 est-elle vraiment nécessaire?

La vaccination des enfants se précise. Lundi, les laboratoires Pfizer/BioNTech ont assuré que leur sérum était "sûr" et "bien toléré" par les enfants âgés de 5 à 11 ans. S'appuyant sur les résultats d'une récente étude, les laboratoires assurent que le dosage du vaccin adapté aux plus jeunes permet une réponse "robuste" aux infections par le Covid-19 alors que le variant Delta se diffuse beaucoup plus chez les enfants et les adolescents et fait craindre à certains scientifiques l'apparition de cas graves même chez les plus jeunes.

Et les redoutés effets secondaires sont les mêmes assurent les laborantins. Ils sont "en général comparables" à ceux observés chez les 16-25 ans pour un dosage de sérum trois fois inférieur par injection.

De quoi permettre de donner le feu vert pour la vaccination des plus jeunes? Pas tout à fait. Dans le monde, seul Israël a débuté l'injection du sérum dans cette tranche d'âge, et uniquement pour les enfants risquant de graves complications liées au Covid-19.

"On est ravis de ce premier communiqué", se réjouit néanmoins le docteur Christophe Batard, pédiatre et membre de l'association française de pédiatrie ambulatoire. "Nous les pédiatres sommes favorables à la vaccination et la prévention des maladies", assure le praticien.

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"Il y a plus un intérêt collectif pour la société

Pourtant, des doutes demeurent sur l'intérêt d'injecter le vaccin aux plus jeunes. Car le Covid-19, avant le variant Delta en tout cas, touchait peu les enfants, peu exposés à des formes graves. "C'est comme une recette de cuisine, plus on fait le même plat, moins on en aura besoin", plaide Christophe Batard. "C'est pour les autres mais aussi pour les enfants parce qu'il y a quand même des troubles directs", liés au Covid-19 ajoute-t-il.

Mais le docteur Jérôme Marty, favorable à la vaccination émet quelques doutes: "On a un communiqué de laboratoire qui tient presque plus du communiqué boursier que du communiqué médical", tacle le généraliste qui rappelle que l'étude ne se concentre pas sur assez de cas. "Chez les petits garçons, il y a un risque de myocardite, ce n’est pas très grave, mais on parle d’un cas pour 5000. Comment mettre le risque en évidence alors qu’on a testé ce vaccin sur 4500 enfants seulement", rappelle-t-il. Il plaide pour avoir plus de données avant d’envisager la vaccination à grande échelle chez les enfants, ajoutant qu’ils restent très rarement atteints par des symptômes graves.

Le problème réside ailleurs pour Jérôme Marty: "Il y a plus un intérêt collectif pour la société. En France, il reste 17 millions de personnes à vacciner, dont 8 millions que l’on cible vraiment et si on n’atteint pas ce chiffre, on va taper dans les autres générations", craint-il.

"Si l’on vaccine tous les adultes et que la maladie reste une maladie d’enfants, ils pourront développer des variants. Or vous avez bien compris que dès que des variants arrivent, ils diminuent l’efficacité des vaccins. Néanmoins, il faut attendre", tempère Christophe Batard.

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Guillaume Dussourt